L'UQTR

L’UQTR et ses beaux malaises

En pleines célébrations de son cinquantième anniversaire d’existence, l’Université du Québec à Trois-Rivières jouit d’une couverture médiatique dont elle se passerait volontiers. Après une chargée de cours qui a affirmé que la Terre était plate et une participation controversée du recteur à une messe de Pâques, voilà qu’un professeur multiplie les propos anti-vaccination sur sa page Facebook personnelle. Les malaises se succèdent et ils écorchent inévitablement la réputation de l’institution.

C’est la dernière chose dont l’UQTR avait besoin. Après un lock-out dont les plaies ne sont pas encore toutes cicatrisées, l’Université et ses dirigeants comptaient sans doute sur le caractère festif et générateur de fierté de son jubilé pour que soient redorés à la fois son blason et sa devise: savoir, surprendre.

Comme le mentionnait avec justesse le professeur Johannes Frasnelli, l’UQTR rayonne mais pour les mauvaises raisons.

C’est le professeur Christian Linard qui a provoqué le plus récent malaise au sein de l’institution, après que les propos qu’il répercute sur Facebook aient fait l’objet d’un article dans La Presse +.

On ne fera pas ici le débat sur la vaccination. La position des autorités sanitaires est claire et se base sur des faits scientifiques largement reconnus. Le problème, c’est qu’il y a une partie de la population qui adhère aux discours alternatifs qui sont de plus en plus répandus, notamment via les réseaux sociaux. Avec comme conséquence que le choix que font certaines de ces personnes de soustraire leurs enfants à la vaccination commence à avoir de sérieux impacts sur la santé publique en général.

Le malaise, ici, vient du fait que ce soit un professeur de l’UQTR qui prend la parole et qui relaye des informations basées sur des opinions qui ne trouvent pas de fondement scientifique ou qui sont loin de faire consensus. Même si cela a été fait par le biais d’une page Facebook personnelle, il n’en demeure pas moins que celle-ci était accessible publiquement et que les informations sont associées à son nom et à son statut de professeur à l’UQTR.

Le principal intéressé dit qu’il voulait simplement être un lanceur d’alerte pour que la communauté scientifique puisse se remettre en doute. Le principe de liberté académique lui permettrait, normalement, de soulever des questions et de remettre en cause les positions traditionnellement reconnues sur le plan scientifique. Mais encore faut-il que les arguments alors utilisés ne soient pas eux-mêmes le fruit d’interrogations basées sur des faits douteux ou ambigus.

Peut-être que le professeur Linard ne voulait pas mal faire. Mais la ligne est mince entre la prise de parole individuelle des professeurs et les interventions qui associent l’institution. Le recteur Daniel McMahon a évoqué vendredi de possibles sanctions disciplinaires. Il faudra faire preuve de grande prudence. Il faudra surtout que ça serve de réflexion pour établir un code de conduite qui se colle mieux à la réalité des réseaux sociaux, notamment.

Il est certainement difficile, voire impensable, d’«encadrer» des professeurs d’université, particulièrement au nom de la liberté d’expression et de la liberté académique. Ces deux principes sont au cœur de la vie démocratique, de la vie académique et, disons-le, de la connaissance scientifique.

La liberté académique est en quelque sorte le prolongement de la liberté citoyenne de commenter et de critiquer sans s’attirer de représailles. Mais cette fonction critique, parce qu’elle s’exerce dans un cadre universitaire, institutionnel et scientifique, appelle certainement une plus grande rigueur. Il appartient alors aux pairs, aux collègues, aux directeurs de départements, aux assistants de recherche de veiller à la protection de la réputation de leur statut de protecteurs, de producteurs et de diffuseurs de connaissances.

Il leur appartient aussi de veiller à la réputation de l’institution qui leur permet d’exercer ce rôle essentiel. Quitte à devoir parfois rappeler un des leurs à l’ordre.