Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

Logique et prévisible

Le suspense, s’il y en a déjà eu un, a pris fin froidement vendredi après-midi par un bête communiqué de presse. Julie Boulet portera les couleurs du Parti libéral du Québec dans la nouvelle circonscription de Laviolette–Saint-Maurice pour les élections générales d’octobre prochain. Le premier ministre a tranché, prenant ainsi la seule décision qu’il était vraiment possible de prendre dans les circonstances.

Les «circonstances» en question, c’est la popularité de la CAQ dans les plus récents sondages. Même s’il reste encore huit gros mois avant les élections et que tout peut arriver, les libéraux avaient intérêt à mettre toutes les chances de leur côté pour préserver au moins une circonscription en Mauricie.

Depuis que la Commission de la représentation électorale a complété les travaux de redécoupage qui ont occasionné le retrait d’une circonscription en Mauricie, au printemps dernier, on était devant l’inconnu non seulement quant à l’identité du candidat qui allait porter les couleurs libérales, mais aussi quant au processus qui allait mener à la désignation de celui-ci.

C’est finalement le chef du Parti libéral qui a tranché. Une telle décision a le mérite de faire gagner du temps, mais l’inconvénient de ne pas tenir compte de l’avis des militants sur le terrain. À ce chapitre, les associations locales n’avaient même pas encore été fusionnées et ne savaient plus à quel saint se vouer.

Philippe Couillard a justifié son choix en insistant sur l’expérience de Julie Boulet et sur ce qu’il a appelé son «pouvoir régional». Il est vrai qu’en dix-sept ans, la députée de Laviolette a su se bâtir une solide réputation dans la région. Non seulement est-elle appréciée des élus et des électeurs, qui lui renouvellent inlassablement leur confiance depuis six élections, mais elle a aussi survécu à plusieurs épisodes difficiles: passage difficile devant la Commission Charbonneau, éviction du conseil des ministres à deux reprises, controverse sur les dosettes ou sur les locaux offerts à des médecins... Bien des politiciens y auraient laissé leur peau.

Mais à partir du moment où une telle candidate, ministre régionale respectée et à qui on a confié des portefeuilles variés, manifeste son intérêt pour poursuivre son travail, le choix devient évident pour un chef de parti. Même une forte volonté de sang neuf n’aurait pas eu raison de Julie Boulet.

Elle est la seule qui peut compter sur sa popularité personnelle pour faire une différence dans le scrutin d’octobre prochain. Les victoires de Jean-Pierre Jolivet pendant un quart de siècle, puis les réélections successives de Julie Boulet ont clairement démontré que Laviolette était un coin où on jure fidélité aux élus, pour peu qu’ils soient compétents et qu’ils fassent «une bonne job».

C’est ce qui peut faire la différence en Mauricie. Les projections de résultats, en se fiant aux plus récents sondages, donnent la CAQ gagnante partout en Mauricie, mais plus faiblement dans Laviolette–Saint-Maurice. Elle a plus de chances de faire mentir ces données que son actuel voisin de comté.

Cela n’enlève rien aux qualités de Pierre Giguère, qui a fait un bon travail sur le terrain et qui est un bon soldat libéral. Mais Saint-Maurice avait été péquiste en 2012, alors que le reste de la région était rouge. La majorité de Pierre Giguère, seul libéral élu dans ce fief depuis 1994, n’était que de 653 voix en 2014. Les majorités de Julie Boulet dans Laviolette sont toujours écrasantes.

Même si la grande partie de la MRC de Mékinac – dont Saint-Tite – se retrouve maintenant dans Champlain, la nouvelle circonscription de Laviolette–Saint-Maurice comprend maintenant la totalité de la ville de Shawinigan, où Julie Boulet a non seulement sa résidence, mais aussi de solides assises.

À n’en pas douter, cette nouvelle circonscription sera à surveiller au cours de la prochaine campagne électorale. Il sera aussi intéressant de voir ce qui attend Pierre Giguère. Retournera-t-il sur ses terres ou le verra-t-on nommé à quelque organisme gouvernemental pour le remercier de ses bons services?

Encore faudrait-il que le prochain gouvernement soit libéral.