L’irrésistible élan de la CAQ

ÉDITORIAL / Décidément, le gouvernement de la Coalition avenir Québec plaît aux Québécois. C’est plus qu’une lune de miel. Une lune de miel, ça dure quelques jours, quelques semaines peut-être. C’est la continuité de la célébration de l’union. Dans le cas de la CAQ, ça fait neuf mois que ça dure. Et c’est beaucoup plus intense que la simple continuité.

Neuf mois après l’élection qui l’a propulsé au rang de gouvernement majoritaire, le parti de François Legault obtient 47,8 % des intentions de vote auprès des Québécois selon le plus récent sondage Mainstreet mené pour le Groupe Capitales Médias. Le 1er octobre dernier, la CAQ recueillait 37,4 % des voix exprimées par les quelque quatre millions d’électeurs qui ont voté.

Plus de dix points d’écarts en neuf mois, c’est tout un exploit. Il est vrai que c’est plus facile de gouverner quand les coffres sont pleins. Ce legs du précédent gouvernement libéral a permis au nouveau gouvernement de délier les cordons de la bourse à plusieurs reprises, ce qui se répercute évidemment dans l’opinion publique. Mais il est vrai, aussi, que le gouvernement de François Legault a su s’adapter à cette même opinion publique, particulièrement dans les dossiers environnementaux. L’épineux dossier de la laïcité a été attaqué de front par le gouvernement de la CAQ, si bien qu’on pourra déjà passer à autre chose. La population, majoritairement, est satisfaite de ce geste et de quelques autres qui ont été posés par le nouveau gouvernement.

La CAQ, qui augmente même ses appuis par rapport au coup de sonde précédent, réalisé au printemps dernier, fait donc encore une fois deux fois mieux que le Parti libéral du Québec, qui obtient 21,7 % des intentions de vote. Il s’agit d’un retard de trois points par rapport au score de l’élection générale (24,8 %). Québec solidaire se maintient au troisième rang avec 14,5 % des intentions de vote, juste devant le Parti québécois, à 10,5 %.

Il sera intéressant de voir si la course au leadership chez les libéraux et celle à venir chez les péquistes permettront à ces partis d’obtenir plus de visibilité et de faire des gains auprès de la population.

Pour l’instant, toutefois, l’électorat québécois semble n’en avoir que pour la CAQ, qui obtient un bulletin étincelant pour ses trois premiers trimestres à la tête de la province.

* * *

Sur la scène fédérale, où il ne saurait être question de lune de miel, les libéraux de Justin Trudeau reprennent l’avance dans les intentions de vote, après avoir vu les conservateurs les doubler par la droite au cours des derniers mois.

C’est une montée intéressante qui, si elle se maintient, devrait assurer au Parti libéral du Canada une bonne récolte de sièges au Québec. Mais l’élection d’octobre prochain va se jouer, une fois de plus, en Ontario. Et là encore, les libéraux sont en bonne position. Le mécontentement à l’égard du gouvernement de Doug Ford fait mal à la droite dans cette province, où pas moins de 121 sièges – sur les 338 de la Chambre des Communes – sont en jeu. Les conservateurs en détiennent présentement 33, contre 76 pour les libéraux. Le plus récent sondage montre que le parti de Justin Trudeau devance les conservateurs par neuf points dans cette province.

Il faudra aussi voir quel impact auront les changements de gouvernement dans les provinces de l’Atlantique sur le comportement des électeurs. À l’élection de 2015, les 32 circonscriptions des Maritimes étaient toutes peintes en rouge.

Au Québec, la popularité des libéraux est assez stable et supérieure à celle que le parti obtient à l’échelle nationale. C’est la remontée du Bloc québécois qui risque de brouiller les cartes dans certaines circonscriptions.

En Mauricie et au Centre-du-Québec, on assistera assurément à des luttes intéressantes. Selon les sites de projections basées notamment sur les sondages, les circonscriptions de Trois-Rivières, de Saint-Maurice–Champlain, de Berthier-Maskinongé et de Bécancour-Nicolet-Saurel pourraient toutes être de couleurs différentes au lendemain de l’élection d’octobre. On n’a pas vu ça souvent.