Philippe Couillard

L'inévitable enquête publique

Ç'aurait été une aberration, pour le gouvernement Couillard, de ne pas mettre en place une commission d'enquête publique sur le sort réservé aux femmes autochtones. Surtout après avoir décrété sans hésitation une semblable commission sur l'espionnage de journalistes.
La plus récente rencontre entre les représentants du gouvernement et les leaders autochtones semble donc avoir porté fruit. Il importait de ne pas laisser l'impression que Québec prenait à la légère cette délicate question.
C'est toute une volte-face du gouvernement Couillard qui, il y a quelques mois à peine, considérait que l'enquête fédérale allait suffire pour aller au fond des choses. Mais le mandat de la Commission d'enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, même si elle aborde un volet traitant des relations entre les forces policières et les nations autochtones, ne pourrait pas être aussi collé à la réalité québécoise.
Puis le premier ministre a entrouvert la porte à une commission d'enquête. Et il semble bien que les représentants des Premières Nations aient mis le pied dans cette embrasure, puisque l'enquête publique aura bel et bien lieu.
On en sait maintenant un peu plus sur cette commission que s'apprête à instituer Québec sur la question du racisme systémique. Il s'agit d'une enquête judiciaire indépendante, qui sera dirigée par un ou des commissaires et qui aurait une durée d'environ 12 mois. Elle traiterait de toutes les questions ayant trait à la relation entre les policiers, l'administration de la justice et les membres des communautés autochtones, et particulièrement les femmes.
Il ne s'agit pas, ici, de refaire l'enquête criminelle concernant les allégations d'agression par des policiers. On parle plutôt d'une enquête à portée plus large, qui pourrait couvrir les quinze dernières années.
Cette volonté d'enquêter de façon sérieuse et structurée est une excellente nouvelle. Surtout si on considère que dans les jours qui ont suivi la décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales de ne pas porter d'accusations dans le dossier des policiers de la SQ à Val-d'Or, la position gouvernementale semblait se diriger vers une sorte de «table ronde» sur le sujet. 
Il était essentiel de poser un geste significatif qui marque une certaine compréhension de la frustration et du désespoir engendrés par le non-dépôt d'accusations. Le dire est une chose. Mais agir en conséquence en est une autre.
Une commission d'enquête en bonne et due forme permettra d'aller au-delà des aspects policiers et judiciaires. On pourra enfin avoir des indices sur les causes sociales du racisme systémique et sur la vulnérabilité des femmes autochtones.
La cause est noble. Le mandat est nécessaire. Les conclusions sont attendues.
Espérons que les motifs qui ont conduit à la décision d'instituer une commission d'enquête publique sont aussi nobles. Et si le fait que le gouvernement libéral est présentement dans une vaste opération visant à redorer son image a pu aider à choisir cette option, alors tant mieux.
La population a été touchée par les témoignages des femmes autochtones et a été tout aussi éprouvée par la détresse de celles-ci quand on a tous appris le cul-de-sac judiciaire dans lequel elles se retrouvaient.
Il fallait envoyer un message clair pour ne pas que ce cul-de-sac devienne culturel et social.