L’inévitable dérapage

Ce qui devait arriver arriva. Le débat sur Vision zéro tourne au vinaigre. Le débat est tellement polarisé qu’il ne semble même plus possible d’espérer des discussions civilisées, même à l’approche des journées de consultation du 16 et du 23 février. On aurait envie de mettre dans une même pièce fermée à clé quelques conseillers municipaux et quelques représentants du mouvement de contestation et de leur dire, frappez trois coups lorsque vous aurez trouvé un terrain d’entente et on vous ouvrira.

Dès le départ, on le sait, ce projet-là avait été lancé tout croche. Un tel projet aurait nécessité un plan de communication digne de ce nom pour sa présentation et sa mise en œuvre. Quand on touche les habitudes et les comportements des citoyens, il faut surtout bien communiquer.

Ça n’a pas été fait. Les conseillers pro-Vision zéro le savent. Ils l’ont admis. Et ils tentent aujourd’hui de réparer les pots cassés.

Mais depuis quelques jours, c’est le mouvement de contestation qui dérape à son tour. Le groupe Facebook initialement connu sous le nom «Trifluviens contre le 40 km/h et pour une consultation publique Vision zéro» vient de changer de nom pour «Trifluviens contre Vision zéro». Moins ambigu. Plus radical. Un changement de nom que les porte-parole du groupe justifient par ce qu’ils considèrent être une attitude méprisante, fermée et intransigeante de la part de certains membres du conseil.

Pourtant, au cours des dernières semaines, le conseil municipal avait démontré de l’ouverture concernant l’abaissement de la limite de vitesse à 40 km/h et a déjà annoncé les rencontres de consultation de février. Il y avait un début de bonne foi.

De l’autre côté, les opposants ont brandi un sondage bidon selon lequel les citoyens de Trois-Rivières disent, dans une proportion qui dépasse les 90 %, se sentir en sécurité dans leur quartier quand ils circulent à pied ou en vélo. Les questions tendancieuses, de même que le bassin de répondants limité et concentré surtout parmi les opposants, enlèvent beaucoup de crédibilité à la démarche.

Même les personnes derrière ce sondage se contredisent quant à sa portée. «Bien qu’il ne s’agisse pas d’une démarche scientifique, ce portrait clair du pouls de la population vient s’ajouter aux autres initiatives citoyennes des derniers mois», pouvait-on lire. Dire dans une même phrase qu’il ne s’agit pas d’une démarche scientifique et que cela donne un portrait clair du pouls de la population est certainement hasardeux, voire circonspect. Le fait que le sondage était surtout relayé dans le rayon d’influence du groupe Facebook composé majoritairement d’opposants à l’essentiel de la démarche vient certainement teinter les résultats. Même avec 1100 répondants, on n’a pas un échantillon représentatif de la population.

Puis vint ce changement de nom qui démontre certainement un resserrement de la vocation du groupe. On a même décidé d’associer à cela un symbole: un triangle jaune pour signifier l’opposition à la Vision zéro. Un clin d’œil, dit-on, aux revendications des «gilets jaunes» en France. Disons plutôt une malhabile tentative de récupération d’une démarche et d’un contexte totalement différents.

Il y a une véritable polarisation du débat, particulièrement sur les réseaux sociaux. Un bel exemple de dialogue de sourds. Si plusieurs tentent d’échanger dans le respect, on retient surtout – et malheureusement – les attaques personnelles, les insultes, les accusations de toutes sortes.

Il y a du bon dans «Vision zéro». Mais il y a aussi beaucoup de mauvaise foi de part et d’autre. Les uns ne veulent pas voir les avantages à une telle démarche beaucoup plus large qu’une baisse de la limite de vitesse sur certaines rues, les autres ne sont plus capables de bien «vendre» leur projet.

En attendant de voir si la consultation publique pourra apaiser le débat, ne pourrait-on pas envisager d’ajouter une question référendaire, à titre consultatif, sur le sujet lors de l’élection partielle à la mairie? Ça donnerait une bonne idée de l’ouverture ou de la fermeture de la population face à cette idée.