Pete Buttigieg

L’indécision des démocrates

ÉDITORIAL / C’est une semaine de fou qui se termine chez nos voisins du sud. Le dérapage de la compilation des résultats des caucus démocrates de l’Iowa, le discours sur l’état de l’Union de Donald Trump, l’acquittement de ce dernier par le Sénat dans la procédure de destitution... Au-delà du caractère surréaliste des événements, il ressort deux constats: le président émerge de cette semaine plus fort que jamais et les démocrates sont plus indécis que jamais dans leur choix de celui ou celle qui servira d’adversaire à Donald Trump lors des présidentielles de novembre.

Les récents sondages tendaient déjà à démontrer qu’aucun des candidats à l’investiture démocrate ne fait l’unanimité. L’ex-vice-président Joe Biden, les sénateurs Bernie Sanders et Elizabeth Warren, l’ex-maire Pete Buttigieg sont dans le peloton de tête des onze candidats restants mais les sondages varient d’un État à l’autre, d’une génération à l’autre et, depuis quelque temps, d’une journée à l’autre.

Joe Biden, 77 ans, avait beau être donné favori par plusieurs pour affronter Donald Trump, 73 ans, il vient d’essuyer toute une rebuffade en Iowa. Et cela pourrait évidemment avoir une incidence sur la perception que les électeurs ont de lui ailleurs aux États-Unis. La saison des primaires et des caucus ne fait que commencer.

D’ailleurs, le désastre des caucus de l’Iowa devrait sonner le glas de cette étrange procédure de désignation du candidat de chacun des partis. Les bons vieux scrutins ont parfois leurs ratés, mais ils ne peuvent pas être pires que ce qui s’est passé dans l’État du Midwest, premier à exprimer son choix pour l’investiture.

Une victoire en Iowa – on ne sait pas si elle ira à Bernie Sanders ou à Pete Buttigieg – ne veut pas dire grand-chose. Le nombre de délégués est négligeable. Tout se passera probablement au Super Tuessay, le 3 mars prochain.

Mais l’Iowa et le New Hampshire – qui tiendra ses primaires mardi prochain – peuvent aussi donner un élan à certains candidats. Mardi soir dernier, autour de minuit, Pete Buttigieg avait semble-t-il suffisamment d’informations pour livrer un discours qui avait toutes les apparences d’un discours de victoire. L’ex-maire de South Bend, en Indiana, a livré un discours senti, rassembleur, dénué d’attaques personnelles. Un discours rafraîchissant dans la morosité de la politique américaine actuelle.

Même si ses chances de remporter l’investiture demeurent minces, Buttigieg a marqué des points. Et l’Iowa est déjà une grande victoire pour lui.

Victoire parce qu’il est un candidat ouvertement homosexuel, marié et religieux. D’être sur toutes les tribunes dans le cadre d’un processus visant à choisir un aspirant président est déjà un accomplissement hors du commun. Bien sûr il se trouve encore, dans l’Amérique profonde et bigote, des détracteurs de Pete Buttigieg. Mais il témoigne bien du chemin parcouru pour les personnes de la communauté LGBTQ et devient un formidable modèle pour, par exemple, des jeunes qui n’osent pas afficher leur différence.

Vétéran de l’armée américaine, pianiste accompli et polyglotte, il charme partout où il passe. Son discours est posé, inspirant. Il a quelque chose qui rappelle le Barack Obama que seuls les électeurs de l’Illinois connaissaient avant l’investiture démocrate de 2007.

La performance de Buttigieg en Iowa et le discours qu’il a livré font déjà osciller l’aiguille des sondages. Mais il faudra plus que cela. Les vétérans de la course n’ont pas dit leur dernier mot. Et Michael Bloomberg n’est même pas encore véritablement entré en scène malgré les millions de dollars qu’il a déjà dépensés en publicité. La même stratégie n’avait pas fonctionné pour le républicain Rudy Giuliani en 2008.

À moins de six mois de la convention et de l’investiture, les démocrates sont plus indécis que jamais. Et la route des primaires pourrait être tortueuse.

Sans compter qu’avec un Donald Trump qui obtient un taux d’approbation plus élevé que jamais, avec des démocrates ont la mine basse après l’échec de leur procès en destitution, avec une économie qui va relativement bien, la route de la présidentielle risque quant à elle d’être aussi glissante que cahoteuse.