Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

L’incohérence à son paroxysme

ÉDITORIAL / Jusqu’à quel point doit-on protéger l’intégrité des fameuses «bulles-classes» dans les écoles pour réduire les risques de transmission de la COVID-19? 

Ne sont-elles pas déjà perméables en raison du retour des enfants dans leurs familles, de la pratique d’activités avec des amis en dehors des heures d’école? Chose certaine, l’idée de limiter les programmes de sports-études, d’arts-études et les activités parascolaires au secondaire apparaît comme étant exagérée, surtout que bien des établissements scolaires avaient déjà pris les dispositions nécessaires pour que la pratique de telles activités respecte les règles sanitaires en vigueur.

Cette décision du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, sent l’improvisation et surtout l’incohérence à plein nez.

Le ministre a précisé, jeudi, que les élèves ne faisant pas partie d’une même bulle-classe ne pourront pas se retrouver après ou avant leurs cours académiques pour participer à des activités artistiques ou sportives. La stabilité du groupe-classe, dit-il, est au cœur du plan sanitaire associé au retour à l’école.

Le problème, c’est qu’il y a une situation de «deux poids deux mesures» qui est ainsi créée. Les jeunes qui font du sport dans des associations ou des ligues «civiles» pourront continuer à le faire selon les règles établies, mais ceux qui font du sport à l’école doivent attendre que soit levée la suspension de ces activités. Même chose pour les activités culturelles ou parascolaires. Comment expliquer à un ado de deuxième secondaire qu’il ne pourra pas jouer au basket-ball à l’école alors que son grand frère inscrit au hockey au sein d’une association locale ou régionale pourra commencer son camp d’entraînement?

Les jeunes peuvent pratiquer des sports dans les parcs, dans des camps de jour et au sein d’associations mais on les empêche de le faire à l’école. Pourtant, il est établi que la pratique d’activités sportives dans un contexte scolaire favorise la concentration et aide à la motivation des élèves. Les activités culturelles et parascolaires ont un impact majeur sur la créativité, l’expression des émotions, le développement de talents et d’aptitudes autres que celles qu’on enseigne en classe. Vouloir privilégier la transmission des connaissances au sens strict, selon les programmes des matières dites traditionnelles, en classe, c’est une chose. Mais quand on évacue tout le reste en créant du même coup un monstre d’incohérence, ça s’explique mal. Ça peut surtout avoir un impact sur la motivation de beaucoup d’élèves qui ont besoin de ces activités pour apprécier l’école.

Les partis d’opposition l’ont martelé jeudi. Les réseaux sociaux se sont enflammés et une pétition a vite été lancée. Même à l’intérieur du gouvernement caquiste, il semble y avoir des notes discordantes. Jeudi, La Tribune apprenait que le cabinet de la ministre déléguée à l’Éducation et responsable du dossier du sport, Isabelle Charest, se questionnait sur la cohérence d’interdire la pratique sportive en milieu scolaire en dehors des groupes-classes, mais pas la participation à des sports associatifs après les classes.

La députée péquiste de Gaspé, Mégane Perry Melançon, rapportait même que lors de l’étude des crédits, la semaine dernière, la ministre Charest confirmait que les protocoles sanitaires étaient prêts pour que les jeunes puissent retourner faire du sport. De toute évidence, le ministre Roberge n’a pas les mêmes sources.

Qui plus est, cette interdiction soudaine, à quelques heures de la rentrée, est une gifle pour de nombreuses équipes d’enseignants et de direction qui ont tout mis en œuvre, souvent au prix de nombreuses heures supplémentaires, pour faire en sorte que la rentrée ressemble le plus possible à quelque chose de normal pour les élèves. Et la normalité, ça veut aussi dire qu’on leur permet de faire du sport, des arts ou des activités parascolaires.

Déjà que le personnel des écoles est sollicité comme il ne l’a jamais été avec cette rentrée hors du commun, tout chambouler à la dernière minute n’est rien d’autre qu’un profond manque de respect.

Il ne faudra pas s’étonner si, déjà d’ici quelques semaines, la motivation s’effrite aussi au sein du personnel des milieux scolaires.