L’inacceptable détour de la Route

Soyons clairs. Il est parfaitement inacceptable qu’une Route des Brasseurs, en Mauricie, ne comporte aucun arrêt à Shawinigan. Peu importe les raisons invoquées par le Regroupement des microbrasseries de la Mauricie d’un côté et le Trou du diable de l’autre, l’absence des deux microbrasseries de Shawinigan est injustifiable dans un circuit touristique régional qui a pour objectif de faire découvrir la filière brassicole de la Mauricie.

Il est d’ailleurs difficile de concevoir comment le comité régional de sélection du Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR) a pu donner son aval à ce projet et, qui plus est, à verser 80 000 $ pour son développement. Les sommes versées dans le cadre de ce programme doivent normalement servir à aider des projets qui «portent la marque distinctive du rayonnement régional».

La Mauricie, sans son centre, ce n’est pas la Mauricie. Comment peut-on proposer une Route des Brasseurs qui passe de Saint-Paulin à La Tuque ou à Saint-Tite sans passer par Shawinigan?

Il est curieux, aussi, que Tourisme Mauricie – une association touristique régionale avec un grand nombre de membres à Shawinigan – appuie avec enthousiasme le projet de Route des Brasseurs et en fasse la promotion en fermant les yeux sur la situation absurde qui entoure ce projet.

Il ne faut pas se méprendre: la Route des Brasseurs de la Mauricie est une sacrée belle idée. Il était même grand temps qu’elle voie le jour. Mais un manque de communication, associé à une amertume encore bien présente, a donné le fiasco que l’on observe présentement: une guéguerre de clochers pour laquelle on s’interpelle ou on s’accuse mutuellement sur la place publique, dans les médias.

Difficile de savoir clairement qui est en faute dans ce dossier. Mais ça sent la mauvaise foi à plein nez. D’un côté comme de l’autre.

Il n’y a pas eu de véritables discussions entre le Regroupement des microbrasseries de la Mauricie (RMM) et Molson-Coors, à qui appartient maintenant le Trou du diable. Le RMM disait vouloir inclure le Trou du diable dans sa Route des Brasseurs, mais les conditions formulées de part et d’autre ont mené tout droit à l’abandon de cette idée, puis à la volonté d’aller de l’avant sans la brasserie qui fait encore figure de pionnière et de véritable success-story dans la région.

Comme si ce n’était pas assez surréaliste comme ça, le conflit actuel vient placer la Microbrasserie Broadway dans une bien étrange situation. Bien qu’elle ait des intérêts et des façons de faire communes à celles de la plupart des autres microbrasseries de la région, ses dirigeants ont choisi de ne pas se joindre à la Route des Brasseurs, par solidarité avec le Trou du diable. Ça dépasse l’entendement.

Il est grand temps qu’on rassoie tout le monde autour d’une même table et qu’on trouve un terrain d’entente. En ce sens, la tenue d’une rencontre, la semaine prochaine, est une bonne nouvelle. Espérons qu’on aura pris soin de trouver un médiateur compétent et neutre pour éviter de laisser autour d’une même table uniquement des représentants de microbrasseries d’un côté et un géant de la bière de l’autre. Si tel était le cas, les risques d’une autre collision deviennent élevés.

Que les microbrasseries de la région aient encore de travers dans la gorge l’acquisition du Trou du diable par Molson, c’est leur affaire. Il y a encore beaucoup d’émotivité parmi cette bande de brasseurs. Mais on ne peut pas laisser une négociation improductive ou une intransigeance réciproque avoir comme conséquence de laisser de côté les microbrasseries de Shawinigan. Pas plus qu’on ne peut laisser un conflit de personnalités avoir le dessus sur l’aspect véritablement régional d’une route des brasseurs.

Sera-t-on capable, pour une fois, de penser comme une région et de vouloir la mettre en valeur pour ce qu’elle est? Les microbrasseurs, c’est du bon monde. Ils devraient être capables d’y arriver.