L’horreur de la route 153

C’était jadis la plus belle entrée de la ville de Shawinigan. La route 153, entre l’autoroute 55 et le carrefour giratoire du centre-ville, permettait d’admirer un paysage spectaculaire le long de la baie de Shawinigan, et de passer devant un témoin de la glorieuse époque industrielle de la ville, la Belgo. C’est aujourd’hui la route à éviter si on entre à Shawinigan. C’est laid, c’est tout croche, c’est dangereux et ça peut vous coûter une suspension toute neuve.

L’ancien député Claude Pinard parlait souvent du boulevard Pie-XII, cette portion de la route 153 dans le secteur Baie-de-Shawinigan, comme étant un chemin de colonisation tellement ça faisait dur. L’expression est restée et elle ne pourrait mieux décrire cette route mal aimée.

La route elle-même a besoin de travaux majeurs: absence de fondations de route en certains endroits, dos d’âne dangereux, nombreux nids-de-poule. Mais c’est avant tout son environnement qui choque le plus. L’horrible mur de l’ancienne usine jouxte la chaussée et ses fondations servent probablement à de structure de soutènement pour la route elle-même. Un peu plus loin, les amas de gravats offrent un paysage de dévastation.

Il serait grand temps, après plus de dix ans, de terminer la démolition de l’ancienne usine Belgo. Mais comme c’est souvent le cas dans des usines qui ferment et qui passent aux mains de démolisseurs, on se retrouve avec des retards, des travaux non réalisés, des poursuites judiciaires, une entreprise qui a cessé ses activités et un cul-de-sac pour la suite des choses.

Le maire de Shawinigan, Michel Angers, a parfaitement raison de réclamer l’intervention de Québec. Il est clair que l’État ne peut pas toujours agir en sauveur, mais des entreprises qui ferment et qui ne remplissent pas leurs obligations, sur une période de dix ans, on peut appeler ça des mauvais citoyens corporatifs. Les recours judiciaires deviennent ardus parce qu’on ne sait plus trouver les défendeurs ou s’éternisent parce qu’on multiplie les moyens dilatoires.

Si l’État ne doit pas devenir le nettoyeur désigné dans chaque cas de fermeture, il ne serait pas exagéré qu’il le devienne pour l’ancienne Belgo. Exactement comme il l’a fait pour l’ancienne usine Aleris, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine.

Le maire Angers souhaite que le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques réserve des bonnes nouvelles pour le nettoyage du site de l’ancienne usine Belgo. Conscient de l’imminence de la campagne électorale provinciale, il veut surtout que chacun des partis s’engage, via son candidat ou sa candidate dans Laviolette–Saint-Maurice, à régler ce dossier une fois pour toutes.

La Ville a fait ses devoirs mais elle est aujourd’hui impuissante dans ce dossier. Les démarches judiciaires, utilisées par l’actuel député Pierre Giguère comme échappatoire pour retarder l’intervention du gouvernement, demeurent vaines.

La Ville a aussi investi beaucoup, ces dernières années, pour mettre à jour ses infrastructures et améliorer l’apparence de certains éléments urbains distinctifs: le centre-ville, la rue Willow et l’ancienne Wabasso, pour ne nommer que ceux-là. La Ville a aussi consacré beaucoup d’efforts pour favoriser le tourisme et les congrès. Malheureusement, un des accès majeurs à la ville et au centre-ville demeure rebutant et donne envie de rebrousser chemin.

Le dossier de l’ancienne Belgo est présentement sous la loupe de la direction des enquêtes pénales au ministère de l’Environnement. Au cours des dernières années, il y a eu d’autres enquêtes, notamment en 2015, à la suite d’avis de non-conformité. On n’est pas plus avancé.

Si Québec a «ramassé» le dossier de l’ancienne Aleris, notamment grâce au travail du député Pierre Michel Auger, il doit aussi ramasser celui de la Belgo. Par souci d’équité, mais avant tout pour mettre fin à une saga interminable et pour redonner un peu de lustre à cette entrée de Shawinigan.