L’homme qui fait ses devoirs

ÉDITORIAL / Huit mois se sont écoulés depuis l’assermentation de Jean Boulet comme ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale et ministre responsable de la Mauricie. L’homme a déjà perdu son étiquette de nouveau venu en politique. Il s’est acquitté de sa tâche avec aplomb, et ce, malgré le temps et les efforts supplémentaires que demande un dossier impromptu comme celui de l’ABI.

Jean Boulet était en entrevue éditoriale au Nouvelliste vendredi. Il est plus déterminé que jamais à poursuivre les chantiers en cours, notamment celui de la tournée «En action pour la main-d’œuvre», qui découle de la «grande corvée» lancée en janvier dernier. L’offensive, on le sait, a pour but d’écouter et de mieux outiller les entreprises dans un contexte de rareté de la main-d’œuvre.

Comme si ce n’était pas assez, il entend consacrer beaucoup d’énergie au rajeunissement de la loi sur la santé et la sécurité au travail et de celle sur les accidents de travail et les maladies professionnelles. Les deux lois datent respectivement de 1979 et de 1985 et elles n’ont pas été revues en profondeur depuis. Un projet de loi pourrait être déposé en novembre ou en décembre si tout va bien.

Visiblement, l’homme aime ce qu’il fait.

Pourtant, les dossiers de l’emploi, du travail et de la solidarité sociale pourraient sembler rébarbatifs – ou carrément ennuyants – pour bien des ministres. Ce n’est pas le cas de Jean Boulet, qui y voit un défi sans cesse renouvelé et, surtout, une réelle possibilité de faire une différence. Son ministère travaille pour arrimer des employeurs avec des travailleurs, pour faciliter l’intégration en emploi de certaines clientèles ayant un accès plus difficile au marché de l’emploi, pour venir en aide aux plus démunis, pour garder en activité des organismes qui en font autant.

Jean Boulet n’est pas le ministre le plus fort en gueule du gouvernement de François Legault. Il incarne plutôt une bienveillance discrète. L’homme est observateur, attentif, sensible. On l’imagine mal piquer une colère ou rabrouer sévèrement un député de l’opposition qui lui poserait une question en chambre.

S’il lui a fallu apprendre rapidement ce qu’était le travail de parlementaire, de député et de ministre, il navigue déjà avec aisance dans ces nouvelles fonctions. Il ajoutera même que ce dont il est le plus fier, c’est d’être député de Trois-Rivières.

C’est tout à son honneur. Parce que ce natif de Saint-Tite a fait carrière et a bâti l’essentiel de son réseau dans la capitale régionale. Et c’est une bonne chose pour la région. Parce qu’il ne faut pas oublier que Jean Boulet est aussi ministre responsable de la région de la Mauricie. Avoir la responsabilité d’une région – parlez-en à sa sœur Julie – implique d’être en lien constant avec les élus locaux, avec les intervenants socio-économiques de la région, et de donner suite à leurs requêtes. La Mauricie est certainement bien servie autour de la table du conseil des ministres, avec deux représentants et un ministre responsable qui fait ses devoirs.

La sensibilité régionale du ministre Boulet se manifeste particulièrement dans le dossier de l’ABI, sorte de cadeau de Grec qui arrivait en prime avec la fonction de ministre du Travail. S’il y a un ministre bien placé pour voir quel impact a le conflit sur l’économie de la région, c’est bien le député d’en face. Et quand il s’exprime sur le dossier, il le fait avec beaucoup plus de diplomatie et de respect que son propre chef François Legault.

Depuis quelques mois, Jean Boulet joue souvent le rôle du pompier qui éteint les feux qu’allume à répétition le premier ministre en commentant le conflit de travail à l’ABI. Il le fait avec beaucoup tact.

Vendredi, Jean Boulet affichait un optimisme prudent pour le vote prévu mardi chez les syndiqués de l’usine de Bécancour. Il invitait les salariés à évaluer les risques d’un rejet de l’offre patronale, tout en se disant parfaitement disposé à respecter cette éventuelle décision.

Et s’il croit que son chef respectera aussi la décision, il y a fort à parier que tôt ou tard, Jean Boulet devra de nouveau jouer les pompiers.