La petite maison de l'Expo serait centenaire en 2020. N'est-on pas capable, à Trois-Rivières, de préserver un édifice centenaire? Si on répond non, alors on a vraiment un problème.

L'histoire qui se répète

C'était il y a onze ans. La Ville de Trois-Rivières, inspirée par le débat soulevé par l'intention de démolir la petite maison du terrain de l'Exposition, avait décidé de dresser un inventaire des propriétés de la Ville et d'identifier celles ayant un intérêt patrimonial. Les bâtiments du parc de l'Exposition, incluant la petite maison qui est de nouveau vouée à la démolition, en faisaient partie.
L'exercice avait réuni des intervenants de différents services municipaux: aménagement et développement du territoire, loisirs, culture, services techniques et travaux publics.
Sur cette liste d'une vingtaine de bâtiments, plusieurs immeubles non classés mais pour lesquels on a reconnu un caractère patrimonial à préserver: la petite maison de l'Expo, le bâtiment principal de l'aéroport, le centre culturel Pauline-Julien, l'édifice François-Nobert, les bâtiments du parc Pie-XII, le siège administratif d'IDE Trois-Rivières, la porte Pacifique-Duplessis, le moulin du terre-plein de l'Exposition, les bâtiments du parc de l'Exposition, l'hippodrome, l'hôtel de ville, et la salle J.-Antonio-Thompson, notamment.
C'est donc dire qu'à l'époque, la Ville avait été assez sensible au débat engendré par le sort de la petite maison de l'Expo pour réfléchir sur la façon dont elle devra réaliser les interventions sur les immeubles ayant un caractère patrimonial.
Le problème, aujourd'hui, c'est que la petite maison de l'Expo n'appartient plus à la Ville mais au Club Jockey du Québec, qui possède aussi l'hippodrome voisin. Les propriétaires ont formulé une demande de permis de démolition, l'immeuble abandonné étant jugé dangereux depuis plusieurs années.
Le porte-parole de la Ville a indiqué qu'il y avait, à l'appui de la demande de démolition, un rapport d'ingénieur qui confirme qu'il n'y a plus rien à faire avec ce bâtiment, sinon que de le démolir.
Mais si elle le voulait vraiment, la Ville ne pourrait-elle pas intervenir, racheter cet immeuble pour un montant symbolique et envisager des travaux de restauration? Un peu comme elle l'a fait récemment pour la maison Rocheleau, près du Sanctuaire.
En 2000, deux ans avant la fusion, l'ancienne Ville de Cap-de-la-Madeleine avait cité cette maison, alors appelée manoir des Jésuites. La Ville de Trois-Rivières a acquis le bâtiment en 2011 et a planifié des travaux de réfection d'environ trois quarts de million de dollars. Le résultat est particulièrement réjouissant.
Et pourtant, avant l'acquisition par la Ville, les pronostics n'étaient plus très bons pour ce bâtiment.
La maison de l'Expo - ou ancien bureau de la Commission de l'Exposition - apparaît dans l'inventaire patrimonial de Trois-Rivières, où on décrit avec force détails sa valeur patrimoniale.
La maison est construite en 1920, ce qui en fait le bâtiment le plus ancien sur le terrain de l'Exposition tel qu'on le connaît encore aujourd'hui. On doit les plans à l'architecte Jules Caron, à qui on doit la plupart des bâtiments actuels du terrain de l'Exposition, dont la vacherie, la bâtisse industrielle et la porte Duplessis.
Son architecture reflète les tendances stylistiques du début du 20e siècle, notamment le courant anglais Arts and Crafts, qui compte peu d'exemples chez nous. Il rappelle, en particulier par son toit et son avant-toit, les maisons américaines de style Prairie, popularisé par Frank Lloyd Wright.
Les bâtiments du parc de l'Exposition ont tous, au fil des ans, fait l'objet de rénovations importantes. Sauf le pavillon de l'Expo. Le terrain de l'Exposition dans son ensemble est un lieu riche sur le plan architectural, mais aussi sur le plan historique.
Il y a une douzaine d'années, des citoyens et des élus s'étaient mobilisés pour la sauvegarde de la petite maison de l'Expo. L'histoire se répète, avec un mouvement citoyen qui s'organise timidement et tardivement cette fois. 
La petite maison de l'Expo serait centenaire en 2020. N'est-on pas capable, à Trois-Rivières, de préserver un édifice centenaire?
Si on répond non, alors on a vraiment un problème.