Cédrika Provencher

L'héritage de Cédrika

Dix ans et c'est comme si c'était hier. Personne n'a oublié l'histoire bouleversante de la disparition de Cédrika Provencher. Le récit chronologique des faits, depuis ce soir de juillet 2007 où elle n'est pas rentrée jusqu'à la découverte des ossements dans un boisé du secteur Sainte-Marthe-du-Cap, en décembre 2015, ne laisse personne indifférent. S'il y a une chose que ce drame nous aura léguée, en tant que société, c'est une sensibilité plus grande et une vigilance accrue pour tout ce qui peut être relié aux enlèvements d'enfants et aux agressions dont ils peuvent être victimes.
L'histoire de Cédrika aura d'abord permis de modifier l'approche des policiers lorsqu'un tel événement survient et d'accélérer leur déploiement sur le terrain. On prend maintenant les signalements de disparition d'enfants comme des événements très sérieux, comme des actes criminels potentiels, et on donne aux intervenants les moyens et les outils pour faire leur travail efficacement.
L'évolution des moyens de communication est un autre facteur qui a modifié avantageusement le travail des policiers. Les alertes AMBER, émises lors de situations de disparition, sont maintenant lancées plus rapidement et diffusées plus largement, aussi bien par les médias de masse que via les réseaux sociaux. Il en va de même pour les appels lancés par la police à la population pour des indices, des informations, des témoins. Tout cela est maintenant diffusé à la vitesse de l'éclair.
La portée des médias et des réseaux sociaux permet d'atteindre un grand nombre de personnes dans des délais très courts. Il suffit de voir, même si les deux événements ne sont pas comparables dans leur nature, la rapidité avec laquelle les policiers ont pu retrouver la petite Victoria, enlevée à l'hôpital de Trois-Rivières en mai 2014, grâce aux informations transmises par des internautes sur les réseaux sociaux. En 2007, les réflexes n'étaient pas les mêmes avec ces outils. 
D'autres progrès ont été réalisés en matière de réflexes policiers depuis l'affaire Cédrika. Une approche différente est maintenant utilisée pour l'encadrement et le soutien aux familles de personnes disparues. Les proches sont souvent en contact avec les enquêteurs, qui doivent obtenir le plus d'informations possible et qui sont souvent très cartésiens dans leur approche. Mais il est important d'avoir un encadrement plus humain pour les familles, souvent dévastées, qui sont les victimes collatérales des disparitions d'enfants. C'est ce que font maintenant des équipes spécialisées, qui relayent les informations aux proches et qui assurent un soutien psychologique.
Enfin, sur le plan collectif, l'histoire de Cédrika nous a surtout enlevé la présomption selon laquelle de tels événements ne pouvaient pas survenir chez nous. Collectivement, ce drame a soulevé à la fois de l'indignation, de la solidarité, de la compassion. De façon générale, la population fait preuve d'une plus grande vigilance et n'hésite pas à dénoncer des actes criminels ou des comportements suspects.
Tout le monde se sent interpellé parce que plus personne ne souhaiterait se voir plongé dans un drame comme celui dans lequel se sont retrouvés Martin, Karine, Mélissa et tous les membres des familles Provencher et Fortier.
On s'est beaucoup identifié à ces proches de Cédrika. Leur travail et leur acharnement ont permis de faire en sorte qu'on n'oublie jamais. Et qu'on soit plus sensible et plus solidaire. 
C'est un legs énorme à une collectivité.