L’éternel recommencement

ÉDITORIAL / C’est incontournable. Chaque fois qu’on pense que le projet de train à grande fréquence (TGF) entre Toronto et Québec avance et que ça augure bien pour le retour du train de passagers à Trois-Rivières, on arrive avec une autre gifle qui nous laisse croire que tout est à refaire. Ou presque.

Le ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, avait beau se faire rassurant, lundi, mais il reste que cette étude dont La Presse canadienne a obtenu copie ces derniers jours a de quoi inquiéter ceux et celles qui souhaitent, depuis des décennies, le retour du train à Trois-Rivières.

L’étude en question, réalisée par la firme EY pour le compte de Transports Canada, révèle que le tronçon Montréal-Québec nuirait à la rentabilité du projet de TGF, parce qu’il coûtera cher à aménager et que l’achalandage n’est pas garanti. Pire encore, une évaluation conclut que l’inclusion d’un tronçon entre Montréal et Québec passant par la rive nord nuirait à la rentabilité du projet, selon un document d’information préparé au début de cette année pour le sous-ministre des Finances.

Il semblerait même, selon ces documents, que VIA Rail ait péché par excès d’optimisme pour son projet de train à haute fréquence, notamment en ce qui a trait aux revenus estimés.

Évidemment, cette étude ne devait pas être rendue publique. Mais La Presse canadienne l’a obtenue en vertu de la loi sur l’accès à l’information, fort heureusement d’ailleurs. Pourquoi? Parce qu’elle force le gouvernement à se commettre une fois de plus sur ce projet.

C’est exactement ce qui s’est produit lundi, alors que le ministre Champagne a assuré que le tronçon Québec-Montréal faisait toujours partie du projet de train à grande fréquence de VIA Rail et que le document interne qui recommande l’abandon du tronçon Montréal-Québec ne change rien aux plans du gouvernement. Il affirme s’en être assuré auprès de son collègue ministre des Transports, Marc Garneau.

Tout cela est certainement bien ironique, puisqu’il y a un mois à peine, ce dernier était de passage à Trois-Rivières pour annoncer un investissement de 71,1 millions $ par le gouvernement fédéral et la Banque de l’Infrastructure du Canada pour financer un examen plus approfondi du projet de TGF dans le corridor Québec-Toronto. Faire une telle annonce à Trois-Rivières revêtait alors – du moins pouvait-on le croire – un caractère symbolique. Même si ces annonces laissaient présager encore des années d’attente avant de revoir le train s’arrêter en gare trifluvienne...

Le gouvernement fédéral devra assurément envoyer d’autres signaux rassurants s’il croit vraiment au projet et si celui-ci inclut bel et bien Trois-Rivières et Québec par la rive nord.

Pendant ce temps, le milieu socio-économique de la région devra de nouveau se mettre en mode persuasion, comme il le fait avec acharnement depuis les années 90.

Il sera important de faire la démonstration que même s’il pouvait arriver que ce projet ne soit pas rentable dès les premières années, il constitue avant tout un geste de société fort envers le transport durable et le transport collectif. Il est probablement normal que l’achalandage envisagé dans les premières années d’exploitation ne soit pas à la hauteur de ce qu’on trouve, par exemple, dans des métropoles déjà desservies. Mais si le service existe, il y a fort à parier qu’un nombre croissant de personnes seront disposées à l’utiliser.

Il se peut que le projet de TGF, dont les coûts estimés s’élèvent à 4,4 milliards $, ne soit pas l’«occasion d’affaires» la plus étincelante pour des partenaires privés, du moins à ce moment-ci. Mais il faut aller au-delà de cette évaluation et penser en tant que collectivité.

C’est ce qu’il faudra démontrer, une fois de plus. C’est un éternel recommencement.