Martin Francoeur
Vendredi, le directeur national de la santé publique du Québec, Dr Horacio Arruda, a indiqué que tout sera mis en oeuvre pour faire passer le nombre de tests par jour de 6000 à 14 000 d’ici la fin de semaine prochaine.
Vendredi, le directeur national de la santé publique du Québec, Dr Horacio Arruda, a indiqué que tout sera mis en oeuvre pour faire passer le nombre de tests par jour de 6000 à 14 000 d’ici la fin de semaine prochaine.

Les tests: la clé du déconfinement

ÉDITORIAL / Il était grand temps que Québec annonce une augmentation du nombre de tests de la COVID-19. En amorçant le déconfinement, notamment par la réouverture des écoles, des garderies et de certaines entreprises, une capacité de dépistage accrue devenait nécessaire pour éviter de se retrouver dans une situation où la charrue aurait été mise bien avant les boeufs.

L’Organisation mondiale de la santé est claire: une bonne capacité de dépistage est l’un des critères permettant d’ouvrir la porte à un déconfinement. Vendredi, le directeur national de la santé publique du Québec, Dr Horacio Arruda, a indiqué que tout sera mis en oeuvre pour faire passer le nombre de tests par jour de 6000 à 14 000 d’ici la fin de semaine prochaine.

On peut d’abord se demander pourquoi de telles mesures n’ont pas été déployées plus tôt. Il s’est écoulé plus de sept semaines depuis la mise en place des premières cliniques de dépistage et la capacité a toujours été la même. Bien sûr, il y a eu des inquiétudes quant à l’approvisionnement en matériel nécessaire au dépistage, mais si on avait mis autant d’énergie sur ces équipements qu’on a pu en mettre sur les masques, les blouses ou le liquide antiseptique, on serait certainement plus avancé et on aurait assurément une meilleure idée des foyers d’éclosion de la COVID-19.

Le fait de réaliser plus que le double de tests entraînera inévitablement une augmentation bien perceptible du nombre de cas, ce qui pourrait avoir un effet décourageant au sein de la population et chez les travailleurs du réseau de la santé. Mais dans les faits, cette augmentation permettra d’avoir une idée beaucoup plus claire de la progression de la maladie.

Jusqu’à maintenant, la majorité des tests ont été effectués dans les établissements de santé, tant chez les patients que chez les travailleuses et travailleurs. Sur l’objectif de 14 000 tests par jour qu’on vient de se fixer, la moitié sont toujours prévus pour les patients hospitalisés, les résidents des milieux de soins, le personnel de la santé et les milieux de vie où logent des personnes aînées. Six mille autres tests pourront être faits auprès des personnes symptomatiques de la population générale, et on crée un coussin de mille tests pour des cas d’éclosion ou des situations particulières.

En fait, le dépistage massif permettra de mieux évaluer le niveau de transmission communautaire du virus. C’est cette stratégie, appliquée très tôt dans des pays comme la Corée du Sud ou l’Allemagne, qui a permis à ces pays d’aplatir rapidement leur courbe et de freiner la propagation de la maladie. La grande question qui se pose est de savoir si le Québec a les moyens de tester davantage.

Québec a réagi efficacement, en début de crise, en matière de traçage de contacts de personnes infectées. Il faudrait reproduire cette efficacité dans les tests ciblés auprès de la population générale afin de connaître les foyers d’infection et suivre les chaînes de transmission.

La nouvelle stratégie de dépistage est essentielle dans le contexte du déconfinement à tâtons que s’apprête à mettre en branle le gouvernement Legault. En ayant insisté sur le fait qu’il allait être possible de faire marche arrière si quelque chose ne tourne pas rond, il fallait nécessairement tester davantage. C’est la seule façon de pouvoir réagir rapidement.

Les autorités sanitaires ont déjà prévu une échelle de priorité des diagnostics, allant des patients symptomatiques hospitalisés jusqu’au dépistage dans des milieux spécifiques en fonction du déconfinement (écoles, milieux de travail, etc.), selon les directives du directeur de santé publique.

Il y a tellement d’inconnu dans la propagation du virus, dans ses conséquences sur la santé et dans les traitements possibles qu’on ne pouvait pas se permettre d’aller vers un déconfinement en ajoutant à ces facteurs l’absence de données fiables sur la transmission communautaire et les foyers d’infection dans la population. Maintenant, il faut y mettre les moyens et les ressources nécessaires. Autrement, le déconfinement, même progressif, sera un fiasco.