Martin Francoeur

Les régions existent aussi

ÉDITORIAL / Il semble que les choses se soient légèrement améliorées au CHSLD Laflèche de Shawinigan au cours des derniers jours. Du moins sur le plan du personnel envoyé en renfort. Une quarantaine de travailleurs et travailleuses y ont été dépêchés et bien que cela vienne donner un bon coup de main, il y a encore du chemin à faire. Mais on dirait que dans les efforts de déploiement de personnel en renfort, Québec semble oublier qu’il y a des cas problématiques en dehors de Montréal et de ses couronnes nord et sud.

Au cours des derniers jours, des équipes de personnel soignant de la région de la Capitale-Nationale ont été envoyées dans des CHSLD de la région métropolitaine. Les quelque 125 membres des Forces armées canadiennes envoyés en renfort sont affectés à des CHSLD du grand Montréal. Les formations express pour des bénévoles qui lèvent la main pour aller aider n’ont évidemment pas été données en région. Bref, Québec semble concentrer les efforts sur les points chauds de l’Ouest de l’île de Montréal, de Laval ou de la Montérégie alors qu’il y a des zones de guerre dans d’autres régions, notamment en Mauricie et au Centre-du-Québec.

Le CIUSSS semble donc laissé à lui-même pour gérer la crise. Heureusement, les plus récents signaux envoyés par l’organisme sont encourageants. Le président-directeur général, Carol Fillion, s’est lui-même rendu au CHSLD Laflèche vendredi dernier et il a assuré qu’une enquête allait être menée pour mettre le doigt sur les lacunes. Plusieurs d’entre elles ont déjà été dénoncées par certains employés. D’autres ont été relayées directement à Québec par la députée Marie-Louise Tardif.

La bonne nouvelle, c’est que les syndicats remarquent une amélioration malgré l’impression tenace d’une région laissée pour compte. Mais du même souffle les représentants syndicaux insistent sur le fait qu’il y a encore du travail à faire. Il y a encore des doubles journées de travail pour plusieurs employés, des pauses non autorisées ou des heures de repas amputées. Les quelque 44 travailleurs envoyés en renfort à Laflèche sont principalement des personnes retraitées, des employés normalement affectés aux hôpitaux et des bénévoles qui s’étaient inscrits via le site jecontribuecovid19.gouv.qc.ca. Il faut rappeler que ce site et l’appel aux renforts avaient été lancés à la mi-mars...

Québec estime que ce sont 4000 personnes vivant en CHSLD ou en résidence pour personnes âgées qui sont atteintes de la COVID-19 et qu’il manquerait toujours plus de 2000 travailleurs à temps complet dans ces établissements. Dans la région Mauricie–Centre-du-Québec, le CHSLD Laflèche et le CHSLD Foyer Mgr-Paquin de Saint-Tite sont toujours en rouge sur la liste des établissements fournie par le ministère de la Santé et des Services sociaux: plus de 50 % des résidents sont atteints.

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Nathalie Perron, a bien raison de dire que la région semble un peu oubliée. Il faut une aide supplémentaire particulièrement à Saint-Tite et à Grand-Mère, insiste-t-elle.

Et comme si ce n’était pas assez, voilà qu’on apprend qu’il y a des résidences privées qui étaient sous le radar mais qui sont durement frappées. C’est le cas de la Maison Niverville ou de la Maison de la Cathédrale à Trois-Rivières. Et ce n’est certainement pas rassurant parce qu’il est bien possible qu’il y ait d’autres ressources semblables touchées par une éclosion de COVID-19.

La Mauricie est une des plus durement touchées par la COVID-19 au prorata de sa population. Le taux de cas pour 100 000 personnes dans la région est le troisième en importance au Québec, après Laval et Montréal. On a franchi mardi le cap des mille cas de COVID-19. Le nombre de décès a grimpé de quatre pour s’établir à 69.

Il est bon de rappeler aux autorités gouvernementales que cette région au bilan peu reluisant n’est qu’à une heure de Montréal. Quand on est rendu à devoir leur rappeler cela, c’est certainement qu’il y a un problème ou un oubli quelque part...