Martin Francoeur
Christine Labrie, députée de Québec solidaire dans Sherbrooke, et Mariannick Mercure, conseillère municipale du district des Forges à Trois-Rivières.
Christine Labrie, députée de Québec solidaire dans Sherbrooke, et Mariannick Mercure, conseillère municipale du district des Forges à Trois-Rivières.

Les plafonds de verre

ÉDITORIAL / Un maire et six conseillères municipales. C’est le plus récent portrait politique de Saint-Élie-de-Caxton. Et c’est probablement une première, dans la région aussi bien qu’au Québec. La municipalité fait évidemment figure d’exception, puisque les femmes sont encore minoritaires en politique municipale. Mais si des exemples comme celui-là peuvent inciter davantage de femmes à se lancer en politique, alors c’est tant mieux.

Le caractère anecdotique de ce qui se passe à Saint-Élie-de-Caxton attire justement l’attention sur le fait que dans beaucoup d’autres municipalités, on n’atteint même pas la parité ou au moins une zone de parité au sein du conseil. Cela affecte directement le caractère représentatif de l’instance élue pour, justement, représenter la population.

On doit donc se réjouir d’une situation comme celle qui prévaut à Saint-Élie depuis l’élection de Claudette Caron lors d’une élection complémentaire au siège no 5. C’est bon pour l’exemple. Mais sur le fond, un conseil entièrement féminin n’est pas plus souhaitable qu’un conseil entièrement masculin. Toutefois, ça donne une image forte, une sorte d’exemple qui peut encourager des femmes à se lancer en politique.

À deux jours de la Journée internationale des femmes, un tel exemple vient rappeler l’importance de souhaiter une plus large place pour la représentation féminine dans les conseils municipaux et les assemblées parlementaires en général.

En 2017, lors des dernières élections municipales, la représentation féminine totale au sein des conseils municipaux du Québec a augmenté. Deux cent cinq femmes ont été élues mairesses et 2358 autres à des postes de conseillère. Quatre ans plus tôt, 190 femmes avaient été élues mairesses et 2204, conseillères. Les femmes comptent maintenant pour 32,3 % des élus, une hausse de 2,4 points de pourcentage par rapport à 2013 (30,9 %). Au Québec, un peu plus du tiers des conseils municipaux (34,7 %) sont dans une zone de parité, c’est-à-dire au sein desquels la proportion de femmes se situe entre 40 % et 60 %.

En Mauricie et au Centre-du-Québec, la proportion de femmes élues est légèrement plus basse que pour l’ensemble du Québec, à presque 30 %.

Il faut saluer chacune de ces progressions, même s’il y a encore du chemin à faire pour que les femmes se sentent davantage interpellées et qu’elles prennent la place qui leur revient. Les femmes doivent prendre part, au même titre que les hommes, aux décisions qui touchent leur communauté. Une plus grande présence des femmes au sein des instances permet une meilleure prise en compte des réalités et des besoins diversifiés de la population.

Au-delà de la représentation plus fidèle au portrait démographique du Québec et de ses communautés, il y a aussi un autre facteur à ne pas négliger dans la représentation des femmes au sein des assemblées délibérantes: l’approche féminine elle-même. Il y a une différence manifeste et reconnue entre la façon de faire des femmes en politique et celle de leurs collègues masculins. Plusieurs d’entre elles ont souvent déclaré qu’elles avaient l’impression de faire de la politique différemment, avec plus de sensibilité, plus de respect, plus d’humanité et en étant davantage portées sur la concertation plutôt que sur la confrontation.

Incidemment, deux femmes politiques ont présenté une conférence sur «la politique au féminin», mercredi, au Cégep de Trois-Rivières. Christine Labrie, députée de Québec solidaire dans Sherbrooke, et Mariannick Mercure, conseillère municipale du district des Forges à Trois-Rivières, ont partagé leur expérience et ont permis de lever le voile sur un autre enjeu tout aussi important, sinon plus, que celui de la représentation. Une fois élues, trop de femmes sont victimes d’intimidation, d’insultes, de menaces.

Elles sont bien placées pour en parler et il faut saluer leur détermination à combattre ce fléau.