François-Philippe Champagne

Les moutons noirs

Qu'est-ce qui peut bien se cacher derrière l'abandon des procédures judiciaires contre Guillaume Champagne dans un dossier de production et de trafic de stupéfiants? On ne le sait pas. Faut-il en faire tout un plat et insinuer un quelconque lien entre cette fermeture de dossier et l'entrée en politique de son frère François-Philippe? Non. On appelle ça du salissage.
C'est vrai que l'histoire soulevée lundi par le Journal de Montréal pose un problème fondamental: un laboratoire clandestin de production de méthamphétamine, dans le secteur Grand-Mère à Shawinigan, est demeuré «impuni» en vertu des procédures judiciaires qui avaient été amorcées.
L'enquête remonte à 2008, dans le cadre de l'opération Carapace, menée par l'Escouade régionale mixte de lutte contre le crime organisé. La résidence où se trouvait le laboratoire clandestin était la propriété de Guillaume Champagne, qui occupait alors un poste de vice-président chez Bionest, l'entreprise familiale.
En décembre 2013, la poursuite a informé le tribunal qu'elle n'avait plus de preuves à offrir dans ce dossier qui semblait s'empoussiérer. La juge Chantal Lamarche, de la Cour supérieure, écrit dans un jugement rendu contre Guillaume Champagne, que son avocat «a réussi à négocier un acquittement avec le procureur de la couronne [...] sans qu'il y ait eu d'enquête préliminaire ni de procès».
«Négocier un acquittement» apparaît comme une expression quelque peu abusive pour un dossier qui n'a pas franchi l'étape du procès. Selon toute vraisemblance, la couronne n'était pas en mesure d'établir la culpabilité de Guillaume Champagne.
La juge Lamarche indique que l'avocat de ce dernier a simplement cherché à ne rien brusquer et à laisser aller les choses en ne faisant preuve d'aucune agressivité pour espérer obtenir la meilleure situation possible pour son client. En 2013, Guillaume Champagne lui-même aurait insisté auprès de son avocat pour que son dossier soit résolu, considérant le fait que son frère souhaitait se lancer en politique.
Le dossier a été qualifié de très délicat. Guillaume Champagne provenait d'une famille ayant une solide réputation, n'avait pas d'antécédents judiciaires et occupait un poste de direction chez Bionest.
Une chose est certaine, c'est que rien dans cette décision ne permet de croire qu'il ait pu y avoir quelque forme d'ingérence politique que ce soit pour que l'accusé soit libéré des accusations auxquelles il faisait face. 
Qu'un individu presse son avocat de «régler» son dossier afin de ne pas nuire à son frère qui souhaite se lancer en politique semble démontrer une certaine intégrité. Au moment où il formulait ce souhait, Guillaume Champagne ne pouvait pas présumer de la façon dont le dossier allait être réglé.
Des représentants des différents partis d'opposition aux Communes ont fait preuve de prudence, lundi, dans leurs commentaires. Et avec raison. Tous affirmaient ressentir un certain malaise à commenter la situation puisque cela crée une association dans l'esprit de bien des gens et que ce qu'il faut éviter, dans les circonstances, c'est de créer une culpabilité par association.
François-Philippe Champagne a peut-être un frère qui n'est pas un ange. Peut-être. Parce qu'aux dernières nouvelles, il est toujours sans condamnations criminelles. Mais bien des familles ont leur mouton noir. Et il est toujours extrêmement délicat d'associer une personnalité à des frasques commises par certains de leurs proches ou à des accusations pour lesquelles ceux-ci ont été acquittés.
C'est déjà une épreuve pour une famille de devoir faire face à la médiatisation de ces histoires, n'en rajoutons pas avec une association mesquine ou des insinuations qui demeurent sans fondement.