La vérificatrice générale Andrée Cossette.

Les mots durs de la vérificatrice

La vérificatrice générale de la Ville de Trois-Rivières, Andrée Cossette, a déposé lundi son dernier rapport annuel. Son dernier, puisqu'elle prendra sous peu le chemin de Sherbrooke, où elle occupera la même fonction.
Une fois de plus, elle met le doigt sur certaines pratiques qu'elle juge discutables et formule une série de recommandations pour améliorer la gestion de la Ville et la reddition de comptes.
Dans son mandat de vérification d'optimisation des ressources, Andrée Cossette s'est plus particulièrement intéressée, cette année, à la gestion des permis de construction et de rénovation, de même qu'aux contrôles entourant la gestion du carburant. Mais là où elle frappe le plus durement, c'est en ce qui a trait à la gestion de certains grands projets, notamment le centre de congrès et le futur colisée.
Si les reproches sont parfois édulcorés, les constats sont brutaux. Dans le cas de l'entente avec la société immobilière G3R pour la construction du nouveau centre de congrès, la vérificatrice mentionne que les données utilisées pour établir la contribution de la Ville dans ce projet n'ont pas fait l'objet d'études approfondies pour valider les hypothèses qui les soutenaient.
Il n'y avait pas de traces d'études comparatives pour apprécier les différents projets aussi considérés, pas d'études économiques pour justifier le choix de la Ville de subventionner une entreprise privée plutôt que de construire et opérer elle-même.
De plus, Andrée Cossette mentionne que les projections de revenus sont très aléatoires, que la Ville n'a pas audité les revenus et les dépenses projetés et n'a pas validé les hypothèses sur lesquelles s'est appuyé le promoteur pour formuler ses demandes de subvention. 
Il s'agit là d'une inquiétante désinvolture qui témoigne peut-être de l'empressement de la Ville à conclure une entente avec un promoteur privé.
Dans le cas du colisée, la vérificatrice déplore qu'il y ait «très peu de données» pour appuyer les différents projets qui ont été considérés. Elle pose des questions très pertinentes, parfois assassines.
«Le choix de la Ville est-il celui qui coûte le moins cher?», «A-t-on considéré que le terrain actuellement acquis par la Ville dans le district 55 puisse être acquis par des entrepreneurs privés permettant ainsi de générer des revenus de taxation supplémentaires?» ou «Quel est l'impact de chacun des projets sur les taxes et les frais de fonctionnement?». Selon elle, des réponses à ces questions auraient été importantes pour une prise de décision éclairée.
En clair, elle dit que la Ville n'a pas pu prendre une décision éclairée dans ce dossier. Ça rejoint un peu la situation dénoncée par certains conseillers municipaux récemment, concernant les estimations de coûts de la rénovation du vieux colisée qui ne leur ont pas été transmises.
Les observations d'Andrée Cossette viennent une fois de plus démontrer que cette fonction de vérificateur général est essentielle dans les grandes villes. Contrairement à ce que pensent certains, ses rapports ne tombent pas dans l'oubli, sur une tablette ou entre deux chaises. 
Depuis 2002, les vérificateurs généraux qui se sont succédé à Trois-Rivières ont formulé un total de 502 recommandations. Soixante-treize pour cent d'entre elles ont été appliquées par la Ville ou ont donné lieu à des progrès satisfaisants. Ce n'est pas rien.
Il faut reconnaître le travail de ce personnage, à l'abri de toute considération politique, qui s'exprime dans l'intérêt supérieur de la population.