Donald Trump

Les médias et leur dos large

Ce qui se passe ces jours-ci aux États-Unis est extrêmement préoccupant. L’affaire des colis piégés envoyés à des démocrates et à certains critiques notoires du président est un acte de terrorisme intérieur, rien de moins. Et qui en serait largement responsable selon Donald Trump? Les médias, évidemment.

Tout comme il l’avait fait la veille, lors d’un rassemblement partisan au Wisconsin, le président a blâmé les médias pour la colère qui gronde au sein de la population américaine. Selon lui, une grande part de cette colère est causée par ce qu’il considère être des reportages «délibérément faux et inexacts des médias traditionnels». Ce qu’il aime souvent appeler fake news, en quelque sorte.

Donald Trump, au lieu de prendre ses responsabilités comme président pour rassurer ses concitoyens, alimente cette colère. Il positionne une fois de plus les médias et les journalistes comme des ennemis de la population. Et il se trouve des milliers de partisans pour applaudir aveuglément à de tels propos.

Trump lui-même n’assume aucune part de responsabilité pour cette situation qui s’est détériorée au cours des dernières années dans son pays. Il utilise une rhétorique aussi virulente que boiteuse pour, finalement, jeter encore plus d’huile sur le feu.

Alimenter la colère et diviser la population sont donc devenus les outils politiques par excellence pour Donald Trump. Tellement que certains politiciens de ce côté-ci de la frontière semblent maintenant tentés d’importer de telles stratégies.

Dans une lettre ouverte publiée dans le Toronto Sun il y a quelques jours, le chef conservateur Andrew Scheer promet aux Canadiens qu’il va «continuer à confronter Justin Trudeau sur son bilan, qu’il n’hésitera pas à faire la démonstration de ses échecs». Il ajoute que «jamais les contribuables et les citoyens canadiens ordinaires n’ont eu autant besoin de quelqu’un qui va se tenir debout en leur nom pour résister à ce gouvernement, aux médias et aux élites privilégiées».

À ses partisans, il avait aussi déclaré que Justin Trudeau allait avoir à ses côtés les médias, les experts et les universitaires, «tous des gens qui voulaient dire aux Canadiens comment dépenser leur argent et vivre leur vie».

Voilà que pour le chef conservateur, les médias sont dans le camp libéral et qu’ils doivent, ici aussi, être considérés comme des ennemis.

On n’est pas loin de ce que véhiculait aussi son prédécesseur Stephen Harper, qui avait développé de savantes techniques de contrôle des journalistes et de relations de presse aussi minimalistes que partisanes.

Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que les acteurs politiques deviennent à ce point désespérés qu’ils doivent maintenant faire des médias et des journalistes une cible, jeter sur eux le discrédit et les tenir responsables d’à peu près tous les malheurs de notre société?

Les médias – sérieux – et les journalistes – professionnels –, doit-on malheureusement le rappeler, jouent un rôle indispensable au bon fonctionnement de notre démocratie. Que des politiciens propulsés là où ils sont par ce même système s’en prennent de façon aussi générale et aussi gratuite aux médias d’information est d’une déplorable bassesse.

S’il y a un signal rassurant dans ce concert de bêtises, c’est cette voix, celle de Justin Trudeau, qui s’est élevée jeudi contre ces attaques répétées. Le premier ministre canadien, comme pour s’inscrire en faux à ces élans populistes, a insisté sur l’importance d’une presse libre en démocratie. Évoquant le fait que des médias aient été pris pour cible – aussi bien par des engins explosifs que par les propos de Donald Trump –, il a rappelé qu’une presse libre constitue un élément fondamental de toute démocratie, et que les journalistes doivent pouvoir accomplir leur travail sans crainte.

Une telle profession de foi envers le rôle de la presse, même si elle semble aller de soi, mérite d’être soulignée.