Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée.

Les grandes ambitions du PQ

Grosse semaine pour le Parti québécois. Et c’est principalement dans la région que ça s’est passé. La tenue du caucus présessionnel a fait converger à Shawinigan les députés de l’opposition officielle, qui voudraient bien voir arriver à leurs côtés une délégation de députés de la Mauricie à la suite des élections d’octobre.

Le chef Jean-François Lisée et la députée marraine de la région, Véronique Hivon, ont tous deux fait part des espoirs de voir le Parti québécois regagner du terrain en Mauricie. Mais à un peu plus de huit mois des élections et avec un parti qui est troisième dans les sondages à l’échelle nationale – et même chez les électeurs francophones –, de telles aspirations sont ambitieuses.

Mais elles ne sont pas farfelues.

D’abord parce qu’il peut se passer bien des choses en un peu plus de huit mois. Aussi parce que la région a de solides figures péquistes encore actives et, vraisemblablement, un bassin de militants qui sont prêts à mettre l’épaule à la roue.

Plus tôt cette semaine, ils étaient plus de 150 à prendre part à un rassemblement informel dans un bistro de Shawinigan. Pour un parti qui n’a aucun député en poste dans la région, c’est pas mal. Véronique Hivon a bien raison de dire que ça témoigne de la force militante en Mauricie.

Évidemment, il faudra au PQ tout un revirement pour espérer ravir des sièges aux libéraux. Ou à la CAQ, devrait-on dire. Puisque selon les projections actuelles – avec lesquelles il faut être très prudent, on ne le répétera jamais assez –, les quatre circonscriptions de la Mauricie passeraient aux mains du parti de François Legault. Ça semble beaucoup. Mais c’est purement basé sur un modèle mathématique et statistique qui exclut en bonne partie le poids qu’un candidat peut avoir. Difficle de croire que Julie Boulet, si elle devait hériter de l’investiture dans Laviolette–Saint-Maurice, ou même Marc H. Plante dans Maskinongé, ne pourraient absolument pas résister à une vaguelette caquiste.

Quoi qu’il en soit, la tâche s’annonce ardue. Les plus récents résultats des candidats du PQ dans la région, aux élections de 2014, 2012 et 2008, suivent une courbe descendante. Et dans les semaines qui précédaient chacune de ces élections générales, le PQ était beaucoup plus haut que 18 % ou 20 % dans les sondages.

Il faudra donc de valeureux guerriers pour mener la bataille électorale qui s’en vient. Le jeu des rumeurs concernant les candidatures potentielles a été lancé. Des anciens députés se disent tentés.

La bonne nouvelle, s’il y en a une, c’est que le Parti québécois semble avoir compris que la Mauricie est loin d’être une piste d’atterrissage naturelle et confortable pour des candidats parachutés. Le chef Jean-François Lisée indique avoir bien capté les signaux qui lui ont été envoyés deux fois plutôt qu’une dans Trois-Rivières, avec la défaite de candidats vedettes comme Djemila Benhabib et Alexis Deschênes. La sensibilité sera donc plus grande envers ce qu’il a appelé «l’ancrage local».

L’autre bonne nouvelle, c’est que la base militante qui a toujours fait la force du Parti québécois n’entend pas se laisser ébranler par les sondages actuels. Le président régional du PQ, Martin Beaudry, reconnaît avec lucidité que «la situation n’est pas joyeuse dans les sondages», mais du même souffle il se dit loin d’être découragé, conscient de l’importance de la campagne à venir, des plateformes électorales, des candidatures et de la capacité de faire sortir le vote.

Enfin, il faut souhaiter que les prochaines semaines et les prochains mois puissent fournir l’occasion au Parti québécois de présenter ses idées plutôt que de faire la manchette pour des querelles intestines, des départs retentissants ou le retour possible d’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Il faudra, enfin, ramener la souveraineté – inscrite dans l’ADN du parti – dans les discussions. Qu’on le veuille ou non.