Yves Lévesque

Les éclairs de lucidité

Il faut reconnaître au moins une chose au maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque. Quand arrive une campagne électorale, sa capacité d'écoute et son ouverture à l'ajustement des politiques augmentent sensiblement. La sensibilité à l'opinion publique et aux humeurs des citoyens prend soudainement plus d'importance dans les décisions du maire et du conseil municipal. Des expressions comme «faire volte-face» ou «faire marche arrière» deviennent plus fréquentes. Ça donne presque envie d'avoir des élections perpétuelles.
Le plus récent épisode est celui de la pataugeoire du parc Jean-Béliveau. L'accès y était gratuit depuis toujours et ça tombait bien, parce que ce point de rafraîchissement est situé à la jonction de deux des quartiers les plus défavorisés de la ville: Notre-Dame-des-Sept-Allégresses et Saint-François-d'Assise.
Après avoir annoncé la fin de la gratuité, histoire d'uniformiser une tarification qui, quand on se compare à d'autres villes du Québec, n'a plus de raison d'être, le maire est revenu sur sa décision et avait annoncé que les tarifs allaient être moindres que ceux des piscines à proprement parler. 
À peine quelques jours plus tard, le maire a annoncé le retour à la gratuité pour cette pataugeoire et pour deux autres ailleurs dans la ville, puisque de tels équipements ne se comparent pas aux piscines.
S'il n'y avait pas eu de contestation de la part d'utilisateurs ou d'intervenants communautaires du secteur concerné, probablement que rien de tout cela ne serait passé et on serait allé de l'avant avec la tarification annoncée initialement.
Le fait, pour le maire Lévesque, de réagir à l'opinion populaire, est louable en soi.
Mais il y a tout lieu de penser que si une telle ouverture se manifestait en amont des décisions, on éviterait certainement de gouverner à reculons comme on l'a fait dans quelques dossiers. 
Au cours des derniers mois, on peut recenser d'autres décisions où l'inflexibilité du maire a été déjouée. La plus lourde, politiquement parlant, est celle d'avoir abandonné la fluoration de l'eau potable. La décision a été saluée par les opposants et n'a pas soulevé d'indignation chez les autres citoyens qui ne se sont jamais battus pour le maintien de cette pratique. Yves Lévesque ne l'a jamais dit, mais la mobilisation contre la fluoration a certainement joué dans la décision de ne plus fluorer l'eau potable.
Février dernier, autre manoeuvre de marche arrière sur fond de controverse. Le changement de nom de l'avenue des Draveurs pour rendre hommage au fondateur de Cogeco, Henri Audet, n'a pas passé le test de l'opinion populaire. D'un commun accord avec les dirigeants de Cogeco, qui faisaient une fois de plus honneur à la réputation de citoyen corporatif exemplaire de cette compagnie, la Ville a abandonné l'idée.
Cet épisode a entraîné une heureuse conséquence, celle de remettre sur pied le comité de toponymie de la Ville. Il s'agit, là aussi, d'une volte-face puisque ça faisait quelques années que le maire n'avait plus désigné personne pour siéger au sein de ce comité.
Récemment, le report de la construction des jeux d'eau sur l'esplanade de l'Amphithéâtre - de même que la révision à la baisse des coûts de ce projet - témoigne aussi d'une sensibilité et d'un flair politique. Le «grognomètre» de la population s'agitait une fois de plus. Même chose pour la levée de l'interdiction, pour les motos, de circuler sur le tronçon de la rue des Forges compris entre les rues Notre-Dame Centre et du Fleuve: on a réagi à l'expression du mécontentement de plusieurs personnes. Quoique dans ce cas-ci, on semble avoir oublié ce qui avait été à l'origine de cette interdiction: les plaintes de bruit des résidents du secteur.
La consultation et la circulation de l'information sont deux outils qui, dans de tels cas, auraient permis de sauver du temps et de l'effort. Faire marche arrière, c'est bien. Mais ne pas avoir à le faire, c'est encore mieux.