Martin Francoeur
Les derniers jours nous ont fourni une multitude d’exemples de personnes qualifiées qui ont tenté d’offrir leurs services pour aider dans les CHSLD. Mais pour plusieurs, leur inscription sur le site web jecontribuecovid19.gouv.qc.ca n’a jamais eu de suite.
Les derniers jours nous ont fourni une multitude d’exemples de personnes qualifiées qui ont tenté d’offrir leurs services pour aider dans les CHSLD. Mais pour plusieurs, leur inscription sur le site web jecontribuecovid19.gouv.qc.ca n’a jamais eu de suite.

Les cafouillages administratifs

ÉDITORIAL / On savait le système de santé québécois capable de s’embourber lui-même dans ses dédales administratifs. Mais la crise de la COVID-19 nous révèle jour après jour les tristes conséquences de cette lourdeur administrative. En pleine situation d’urgence, la dernière chose dont on a besoin c’est que des mesures d’aide ou des initiatives d’interventions soient ralenties par des procédures, des protocoles, des hiérarchies. Ou par de bêtes culs-de-sac incompréhensibles.

Les derniers jours nous ont fourni une multitude d’exemples de personnes qualifiées qui ont tenté d’offrir leurs services pour aider dans les CHSLD. Souvent, il s’agissait de travailleurs et travailleuses de la santé à la retraite ou tout simplement disponibles. Mais pour plusieurs, leur inscription sur le site web jecontribuecovid19.gouv.qc.ca n’a jamais eu de suite.

Jeudi soir, le premier ministre François Legault a voulu en avoir le coeur net après tous ces témoignages de volontaires laissés en plan. Les données qu’il a obtenues indiquent que sur les 51 957 personnes qui ont proposé leurs services, le gouvernement en a contacté 29 345 et ce sont 6773 qui ont été embauchées. Mais de ce nombre, 2097 personnes se sont désistées, ce qui fait que présentement, ce sont quelque 4676 personnes inscrites via le portail web jecontribuecovid19 qui travaillent actuellement dans le réseau de la santé.

Cela ne représente même pas dix pour cent des personnes inscrites. Il y a manifestement un problème.

Le premier ministre a demandé au personnel du ministère de la Santé de «refaire un tour de roue» et de revoir les quelque 48 000 inscriptions qui n’ont pas eu de suite positive. C’est un bassin considérable qui aurait pu, s’il avait été utilisé correctement, permettre d’éviter de supplier les médecins spécialistes d’aller donner un coup de main. Cela aurait surtout permis d’éviter un débat qui a rapidement dérapé.

Le problème, c’est qu’on semble vouloir gérer les ressources humaines comme si c’était business as usual. Avec les mêmes méthodes, les mêmes protocoles, les mêmes délais. Mais on est en situation de crise. Et ça commande des assouplissements.

La lourdeur administrative n’est cependant pas l’apanage du ministère de la Santé et des centres intégrés de santé et de services sociaux. Le mal frappe aussi les syndicats et les ordres professionnels.

Une médecin de famille qui a vu ses activités réduites de 95 % depuis le début de la crise souhaitait aller prêter main-forte en CHSLD. Elle s’est heurtée à la lourdeur administrative de son ordre professionnel. Le Collège des médecins lui a demandé de se trouver un maître de stage vu qu’elle n’avait pas pratiqué en CHSLD depuis trois ans. Une médecin. Mais qu’est-ce qui cloche?

Il y a aussi cette infirmière à la retraite qui, comme plusieurs autres, n’a jamais eu de nouvelles de son inscription. Elle dit avoir le cœur brisé. «Quand tu es infirmière, tu l’es toute ta vie. Je ne peux pas rester chez moi à rien faire!», plaidait-elle encore récemment. Deux de ses anciennes collègues ont reçu des appels et ont rempli les papiers il y a deux semaines. Mais aucune nouvelle depuis. Alors qu’on est dans la période où les besoins sont les plus criants. Malheureusement les témoignages en ce sens sont nombreux.

Il n’y a pas que dans la dotation d’urgence et la gestion des ressources humaines que la lourdeur administrative se fait sentir. Récemment, la question des approvisionnements et celle de la mobilité du personnel ont beaucoup fait jaser. Le maire d’Hérouxville et préfet de la MRC de Mékinac, Bernard Thompson, avait raison de s’interroger publiquement sur les façons de faire du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec. L’élu a pointé du doigt la lourdeur administrative qui restreint la capacité et la rapidité d’action du CIUSSS.

Il est vrai que les CIUSSS et les CISSS sont devenus d’énormes machines administratives. Et on se rend compte qu’en situation de crise, ce modèle est inapproprié et inefficace.