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Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Les bons soldats à la bonne place

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ÉDITORIAL / Justin Trudeau a décidé de ramener François-Philippe Champagne sur le terrain, là où il est le meilleur.

Non pas qu’il était mauvais aux Affaires étrangères, mais pour un gouvernement libéral en quête de réélection, il sera certainement plus utile en sillonnant le pays et en annonçant des bonnes nouvelles à caractère économique.

En temps normal, on verrait comme une rétrogradation le fait de passer des Affaires étrangères à un ministère économique comme celui de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie. Mais dans un contexte pandémique où on travaille sur un plan de relance de plusieurs dizaines de milliards de dollars, c’est presque une promotion. Ou un cadeau de visibilité offert sur un plateau d’argent.

Dans les faits, Justin Trudeau a probablement eu un éclair de lucidité qui l’a poussé à remettre un bon soldat à la bonne place.

Solide communicateur, François-Philippe Champagne sera certainement plus utile dans des dossiers domestiques que dans les relations internationales. Pourtant, les quelque quatorze mois qu’il a passés comme chef de la diplomatie canadienne lui ont permis de passer ce test haut la main.

Son passage aux Affaires étrangères avait presque des airs de mission, notamment pour tenter de réparer les pots cassés par le gouvernement Harper concernant les aspirations canadiennes visant à obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies, ou encore pour avancer dans le dossier des relations avec la Chine concernant la détention de Michael Spavor et Michael Kovrig. Et ce n’est pas parce que François-Philippe Champagne n’a pas réussi à faire débloquer ces dossiers complexes qu’il n’a pas fait du bon boulot. Bien au contraire.

Il a surtout été pris par surprise avec un autre gros dossier arrivé en même temps que la pandémie de COVID-19: le rapatriement de milliers de Canadiens coincés à l’étranger. Une opération logistique hors du commun, qu’il a coordonnée de main de maître.

Si la fonction de ministre des Affaires étrangères est entourée d’une aura de prestige et même de glamour, ce n’est pas là que le député de Saint-Maurice–Champlain était le plus utile.

Il est un des éléments qui donne crédibilité et humanité au gouvernement de Justin Trudeau et sa présence dans les médias est souvent beaucoup plus efficace que celle de certains de ses collègues à la langue de bois ou qui recourent souvent à la fameuse «cassette».

Mardi, encore, des analystes relevaient avec justesse cette qualité de moins en moins répandue en politique. Chantal Hébert, chroniqueuse au Toronto Star et à Radio-Canada–CBC, disait d’ailleurs que François-Philippe Champagne était, parmi tous les membres de l’équipe libérale au Québec, «le meilleur communicateur». L’économiste Jean-Luc Landry, dans l’émission Zone économie sur RDI, mentionnait que le ministre Champagne est «excellent dans ses déclarations dans les médias, meilleur même que le premier ministre».

Il est vrai que pour vendre les actions du gouvernement libéral et pour passer les messages aux Canadiens, François-Philippe Champagne est un atout précieux.

Sa nomination au portefeuille de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie démontre aussi qu’il est un joueur polyvalent, une sorte de rover qu’on peut placer à peu près n’importe où en ayant l’assurance que le travail sera bien fait. C’est le quatrième ministère que dirigera François-Philippe Champagne en quatre ans, après avoir servi au Commerce international, aux Infrastructures et Collectivités, puis aux Affaires étrangères. C’est un parcours impressionnant. Déjà.

Un parcours et une ascension semblables à ceux de sa collègue Chrystia Freeland, disent certains. Les deux figures politiques ont une autre chose en commun mais ne le diront pas publiquement: ils aspirent tous deux à succéder à Justin Trudeau à la tête du Parti libéral du Canada. En ce sens, les plus perspicaces diront qu’un ministère économique et domestique est probablement un meilleur véhicule pour distribuer des bonnes nouvelles, serrer des mains et avoir une bonne visibilité.

Dans les faits, le ministère dont hérite François-Philippe Champagne sera celui de la relance économique post-pandémie. Ce n’est pas rien. Au prochain budget fédéral, une enveloppe de 70 à 100 milliards de dollars pourrait être associée à ce plan de relance.

Mais le jeu de chaises qui vient de se produire à Ottawa vise aussi à préparer le terrain pour une campagne électorale qui pourrait survenir aussi tôt que ce printemps. La présence de François-Philippe Champagne sur le terrain est indispensable aux libéraux, surtout lorsque le Québec devient un enjeu sur le plan des sièges à conquérir ou à reconquérir.

Pour la région, le changement de siège de François-Philippe Champagne est une bonne nouvelle. Il est certainement préférable de le voir piloter des dossiers reliés aux nouvelles technologies, à l’économie verte, à la recherche et au développement, au développement des entreprises ou au soutien aux communautés plutôt que de le voir passer des coups de fil ou participer à des conférences en Zoom avec ses homologues de la Lettonie ou des Seychelles.

En fait, pour la région, la meilleure nouvelle semble plutôt être le transfert de Marc Garneau des Transports vers les Affaires étrangères. Peut-être qu’un regard neuf sur le dossier du train à grande fréquence ou sur celui de l’aéroport de Trois-Rivières permettra enfin à ces dossiers d’avancer.

Et par ailleurs, le fait d’avoir un ministre déjà bien au fait des avancées de la Mauricie en matière de technologies vertes et d’économie durable constituera certainement un atout précieux pour plusieurs entreprises ou institutions de la région. Surtout dans la foulée du déploiement d’un plan de croissance teinté de beaucoup de vert.

Non, vraiment. On a beau chercher, on ne trouve aucune odeur de mauvaise nouvelle dans ce changement de portefeuille.