L’actualité récente nous démontre que l’accès à des services préhospitaliers d’urgence est un enjeu réel dans les régions éloignées. C’est le cas pour les communautés de la Haute-Mauricie qui sont à des dizaines, voire des centaines de kilomètres de La Tuque.

Les ambulances du tiers-monde

ÉDITORIAL / Une réflexion s’impose sur la capacité d’offrir des services préhospitaliers d’urgence adéquats partout au Québec, y compris dans les régions éloignées. Les récents événements survenus en Haute-Mauricie nous démontrent qu’il y a un problème avec la desserte ambulancière.

Bien sûr, Parent ou Clova, ce n’est pas Trois-Rivières ou Shawinigan. Les résidents de ces communautés le savent très bien et organisent leur vie quotidienne en fonction de cette réalité, peu importe qu’on la nomme «distance» ou «isolement». Mais lorsque vient le temps d’avoir accès aux principaux services offerts par l’État, que ce soit la santé, l’éducation, la sécurité publique ou les transports, les citoyens des secteurs éloignés ont les mêmes droits que ceux des agglomérations plus densément peuplées.

L’actualité récente nous démontre que l’accès à des services préhospitaliers d’urgence est un enjeu réel dans les régions éloignées. C’est le cas pour les communautés de la Haute-Mauricie qui sont à des dizaines, voire des centaines de kilomètres de La Tuque.

L’incident survenu à Parent le 3 janvier dernier, au cours duquel la copropriétaire de l’Hôtel Central, Sylvie Lachapelle, a été sauvagement agressée, démontrait déjà le caractère surréaliste du transport ambulancier entre Parent et La Tuque. Pour toute personne vivant dans un milieu où l’hôpital est à dix minutes et où il y a des ambulances postées un peu partout, une telle situation est difficilement concevable.

Qu’un transport par ambulance prenne des heures, soit parce qu’on circule sur un chemin forestier, soit parce qu’on doit dépêcher un véhicule aller-retour, soulève certainement beaucoup de questions.

Le plus récent cas qui sonne l’alarme est celui de ce motoneigiste originaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean blessé dans un accident de motoneige dans le secteur de Clova. Il a dû attendre près de douze heures et a dû parcourir plus de 300 kilomètres avant de recevoir des soins hospitaliers. Une succession de malheurs explique – mais n’excuse pas – un tel délai.

Au Québec, l’article 1 de la Loi sur les services préhospitaliers d’urgence mentionne l’objectif de celle-ci: «que soit apportée, en tout temps, aux personnes faisant appel à des services préhospitaliers d’urgence une réponse appropriée, efficiente et de qualité ayant pour but la réduction de la mortalité et de la morbidité à l’égard des personnes en détresse.»

Le motoneigiste blessé a dû parcourir 130 kilomètres sur sa motoneige avant d’atteindre Clova, d’où un bon samaritain l’a transporté jusqu’à Parent, d’où il a été transporté par ambulance jusqu’à La Tuque. La dernière portion du trajet a été ponctuée d’une crevaison et d’une attente de plus de deux heures pour avoir un autre véhicule.

Vraisemblablement, les ambulances actuelles ne sont pas appropriées pour les secteurs accessibles par les routes forestières. Pour les endroits plus difficiles d’accès, il faut des véhicules spéciaux.

Il faut aussi se poser la question sur la pertinence d’avoir accès à des moyens plus rapides et plus efficaces comme des hélicoptères, par exemple. D’autres provinces ont déjà des services ambulanciers héliportés et il serait intéressant de se pencher – de nouveau – sur la question. Le Québec est la seule province qui n’a pas de programme public de transport préhospitalier par hélicoptère. Les services médicaux aéroportés offerts par Airmedic ne sont accessibles qu’aux membres, sauf si la demande émane du gouvernement.

Une étude récente réalisée par des chercheurs de l’Université Laval démontrait qu’au Québec, les victimes de traumatismes ont plus de risque de décéder dans les urgences d’agglomérations de moins de 15 000 habitants. Imaginons ce que deviennent ces statistiques quand, en plus, il faut des heures avant d’atteindre l’agglomération en question.

En traumatologie, on parle souvent de la «golden hour», l’heure critique entre le traumatisme et la prise en charge par les services hospitaliers. Dans les cas récents survenus en Haute-Mauricie, on dépasse largement cette «heure critique».

Ça mérite certainement une réflexion approfondie. On a maintenant des exemples concrets à l’appui.