L’enjeu de la participation

ÉDITORIAL / On dit cela à chaque élection, mais on va le redire. L’élection partielle à la mairie de Trois-Rivières doit absolument provoquer une réflexion quant au taux de participation des électeurs. Il n’est pas normal que dans une communauté, à Trois-Rivières ou ailleurs, environ un électeur sur trois seulement prenne part à l’élection de celui ou celle qui dirigera la Ville.

Dimanche soir, Jean Lamarche a recueilli 54,9 % des voix. Une performance qui ne fait absolument aucun doute par rapport aux autres candidats. Mais quand on place ce résultat dans le contexte de la participation électorale, on se rend compte que le nouveau maire a été élu par 21 % des électeurs trifluviens.

Cela n’enlève rien à la légitimité du nouveau maire. Les règles de notre système électoral et démocratique sont telles que le candidat qui obtient le plus de votes est élu. Cela n’enlève rien non plus à la solidité du mandat que viennent de lui confier les électeurs trifluviens. Ou du moins, les électeurs trifluviens suffisamment intéressés par la politique municipale pour décider d’aller voter.

On se doutait bien que le taux de participation à une élection partielle à la mairie allait être plus bas que lors d’une élection générale. À 37,7 %, c’est 11 points de moins que lors de l’élection générale de 2017 (48,6 %). C’est presque vingt points de moins que lors de celle de 2013 (57,2 %) et 25 points de moins que l’élection de la fusion, en novembre 2001 (62 %).

Difficile de ne pas constater la dégringolade dans la participation électorale. Pourtant, le palier municipal est le gouvernement de proximité par excellence. Les enjeux touchent directement le citoyen: l’entretien des rues, la sécurité publique et la protection contre les incendies, l’approvisionnement en eau potable, le déneigement, la collecte des ordures, l’offre de loisirs, l’accès à la culture, le développement économique, pour ne nommer que ceux-là.

Que faut-il faire pour augmenter la participation électorale? Multiplier les efforts de communications? Rapprocher les citoyens des processus décisionnels autres que le scrutin à proprement parler? Rendre le vote plus accessible? Le rendre obligatoire?

Il y a des pays où c’est le cas – une trentaine, dont l’Australie et la Belgique – et où ça fonctionne. Ici, une telle mesure, assortie d’amendes symboliques pour les électeurs qui font l’élection buissonnière, passerait mal le test de la Charte canadienne des droits et libertés. Si on contraint le citoyen à voter, on lui impose de s’exprimer et on s’attaque ainsi, par la bande, à son droit à la liberté d’expression. Et puis il ne faut pas oublier que les électeurs ont droit d’être à ce point cyniques ou désillusionnés de la politique pour qu’ils choisissent de pratiquer l’abstentionnisme. Il faut absolument rebâtir la confiance entre les institutions politiques et les électeurs et ça, ce n’est pas une mince affaire.

Il y a quelques années, le Directeur général des élections, Pierre Reid, alors insatisfait des taux de participation au municipal, avait invité les parlementaires québécois à envisager sérieusement l’implantation du vote par internet. Une campagne publicitaire dynamique et frappante n’avait pas vraiment donné de résultats concrets. En commission parlementaire, il avait plaidé pour que soit testé le vote en ligne, bien qu’une telle mesure présente des défis de sécurité et de confidentialité importants. Il faudra peut-être l’envisager plus sérieusement.

Mais la mesure qui semble s’imposer d’elle-même est souvent balayée sous le tapis. Il importe d’agir par un moyen institutionnel et structurant afin de combattre le désengagement des citoyens envers leurs institutions et leurs représentants. Il est plus que jamais nécessaire d’ajouter un cours d’éducation à la vie citoyenne à la formation générale obligatoire au secondaire. Élections simulées, familiarisation avec les institutions, éducation aux médias: tous les moyens sont bons pour éduquer les jeunes sur l’importance de voter et sur la vie démocratique.