Jean-Martin Aussant

L’enfant prodigue ou l’opportuniste?

Le retour de Jean-Martin Aussant en politique active était devenu hautement prévisible. Mais pour le Parti québécois, à la traîne dans les sondages, il s’agissait d’une excellente occasion de faire une démonstration de force savamment orchestrée.

Une petite fuite mercredi pour alimenter les bulletins de 18 heures et les journaux du lendemain, puis on convoque la presse jeudi afin de confirmer le tout. De quoi occuper pendant deux jours une bonne partie de l’espace médiatique.

Si on exclut le fait que le principal intéressé avait une tête d’enterrement lors de la conférence de presse qui aurait dû être sous le signe de la réjouissance, l’opération était réussie sur le plan des relations publiques. Mais sur celui du contenu, c’est une autre histoire.

Jean-Martin Aussant, aux yeux de certains, est une vedette. Un politicien qui attire l’attention d’une génération qui, de plus en plus, échappe au Parti québécois. Il avait claqué la porte du PQ en 2011, sous le prétexte que la démarche souverainiste de Pauline Marois n’était pas assez rapide à son goût. Poussé par cette volonté de mettre la souveraineté à l’avant-plan, il avait fondé Option nationale. Son parti récolte moins de 2 % des votes lors de l’élection générale de 2012.

En juin 2013, il quitte le navire qu’il avait lui-même construit, invoquant des raisons personnelles et familiales. Il retourne à Londres, poursuivre une carrière dans le monde des finances, chez Morgan Stanley Capital International. À son retour au Québec, en 2015, il prend la barre du Chantier de l’économie sociale en août 2015.

Le petit gars de Nicolet – même s’il est né à Sorel – avait quitté la politique mais n’avait pas laissé la politique le quitter. Son retour était prévisible. Il restait à savoir quand et avec quel parti, son «bébé» ayant depuis fusionné avec Québec solidaire. Celui-ci a eu beau le courtiser, c’est dans le giron du parti de ses racines que Jean-Martin Aussant a choisi de retourner.

Bien sûr que son retour au PQ convaincra certains militants, surtout des moins de quarante ans, à appuyer ce parti. L’homme possède un charisme indéniable, sa dégaine plaît, son discours et sa détermination encore plus. Ses compétences économiques et ses affinités avec le monde de l’économie sociale inspirent confiance, tout comme son sens de la pédagogie. Mais ses vagabondages et ses infidélités lui ont rapidement valu une étiquette d’opportuniste ou de girouette. En politique, le mot agace. À l’Assemblée nationale, on l’a même inscrit dans la liste des propos non parlementaires.

Qu’on ne se méprenne pas: Jean-Martin Aussant est un atout pour le Parti québécois. Le chef Jean-François Lisée lui a créé un poste de conseiller ayant pour mandat de faire la conception et la promotion de l’indépendance, ce qui implique la coordination des études qui devront être faites sur le sujet. Il sera aussi conseiller sur les enjeux de la métropole et en matière d’entrepreneuriat.

Jean-François Lisée n’allait pas laisser passer cette chance de présenter une autre figure proéminente du mouvement indépendantiste et de lui faire une place dans son équipe. Le problème, c’est que la multiplication de nominations – Paul St-Pierre Plamondon, Camil Bouchard, Véronique Hivon et maintenant Jean-Martin Aussant – donne l’impression que le parti a besoin de telles figures davantage que de son propre chef ou que celui-ci joue la carte de l’humilité.

Celui qu’on considère comme l’héritier politique de Jacques Parizeau ira certainement reconquérir des militants qui s’étaient réfugiés chez Québec solidaire ou chez Option nationale. Et d’autres qui avaient vu leurs convictions ramollir. Son atterrissage au PQ pourrait avoir un impact sur le militantisme et sur le recrutement de candidats. Pour un parti qui obtient présentement 20 % des intentions de vote, c’est à ne pas négliger.