Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Légère hausse de taxes, lourde atmosphère

ÉDITORIAL / Que serait l’adoption du budget à Trois-Rivières sans une bonne dose de mauvaise foi et quelques couteaux qui volent bas? 

Si les contribuables trifluviens s’en tirent avec une augmentation modérée de 0,7 % de leur compte de taxes, le conseil municipal, lui, se retrouve une fois de plus plongé dans la stratégie politique, la division et l’amertume.

On la voyait venir cette hausse minime de l’impôt foncier municipal à Trois-Rivières. Le maire Jean Lamarche avait laissé entendre à quelques reprises que sa volonté, partagée par une majorité de conseillers, était de se coller à l’augmentation de l’Indice des prix à la consommation. C’est chose faite. Le compte de taxes pour une maison valant 185 000 $ subira une hausse d’à peine 18 $, ce qui n’est pas tellement loin d’un gel.

C’est ce que font ces jours-ci plusieurs autres municipalités. Sous le prétexte de vouloir donner un répit aux contribuables en cette année marquée par la pandémie de COVID-19, mais en ayant certainement en tête que 2021 sera une année électorale sur le plan municipal, plusieurs élus iront de l’avant avec un gel de taxes.

Trois-Rivières a résisté à cette tentation et on a préféré suivre ce qui est presque devenu une tradition en calquant la variation du coût de la vie à celle de l’impôt foncier. C’est un bon compromis.

C’est un budget de 293 millions $ qui a donc été adopté à l’unanimité par le conseil trifluvien. Mais le Programme triennal d’immobilisations (PTI) pour 2021, 2022 et 2023, sorte d’outil de planification stratégique pour les dépenses à venir en infrastructures, est loin d’avoir été adopté aussi facilement, donnant même lieu à deux débats plutôt qu’aucun et déclenchant quelques attaques personnelles bien senties entre certains conseillers.

Ce sont des initiatives de la conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure, et de son collègue du district des Rivières, Claude Ferron, qui sont venues mettre du sable dans l’engrenage. Dans une démarche concertée avec le conseiller du district de Marie-de-l’Incarnation, Denis Roy, ils ont proposé de rétablir le budget consacré à la plantation d’arbres et de prélever un demi-million de dollars au budget d’asphaltage pour le transférer au budget de développement de pistes cyclables hors route.

Le hic, c’est qu’ils ont envoyé ces propositions d’amendement à 16 h 27 par courriel, ce que ni la greffière ni les autres élus ne semblent avoir apprécié. Même si les règles le permettent, plusieurs conseillers ont déploré cette façon de faire. Avec raison.

C’est devenu une façon classique de procéder. Et on ne peut s’empêcher de constater que l’intervention de Mariannick Mercure, même si elle se défend sur le fond, prend des airs de démarche revancharde. La conseillère n’a pas apprécié que la discussion tenue il y a quelques mois sur les budgets de plantation d’arbres ait débouché sur un vote secret et sur une réduction de 140 000 $ des sommes prévues en 2022 et en 2023.

La question, aux yeux de plusieurs conseillers qui l’inscrivaient à la liste des choix déchirants qui ont dû être faits au PTI, semblait réglée.

Mais aux yeux de la conseillère Mercure, cet exemple revêt un caractère symbolique: elle ne voulait pas que le dernier exercice budgétaire auquel elle prend part – puisqu’elle ne sera pas candidate en novembre prochain – porte la marque d’un conseil qui recule dans la plantation d’arbres et dans la mobilité durable. C’est brandir un épouvantail rhétorique.

Son collègue Claude Ferron cherchait quant à lui une façon de rétablir la ponction de 50 % prévue au PTI en ce qui a trait au budget des pistes cyclables. Sa solution: déshabiller Pierre pour habiller Paul. Enlever 500 000 $ au budget d’asphaltage de rues, déjà abaissé à 9,1 millions $ pour le redistribuer à l’item «pistes cyclables». C’est un combat qui lui est cher. Si on veut réduire les émissions de gaz à effet de serre, dans une ville comme Trois-Rivières, il n’y a pas 50 000 solutions selon lui. Il faut, dit-il, favoriser la mobilité durable et augmenter sa part modale dans les déplacements urbains.

Mais encore là, les conseillers se retrouvaient dans une situation où ils pouvaient légitimement craindre d’être contre la vertu s’ils votaient contre l’amendement proposé. Et ils n’ont pas apprécié de se faire ainsi mettre dans une situation aussi peu confortable. Résultat: les commentaires acérés ont ponctué la discussion en vidéoconférence. La conseillère Ginette Bellemare a affirmé avoir bien de la difficulté à se démêler avec la notion de transparence tant prônée par ses collègues lorsqu’elle se retrouve confrontée à une telle situation. On ne peut l’en blâmer.

C’est dommage parce que sur le principe, l’intervention de la conseillère Mercure et celle du conseiller Ferron tenaient la route. Mais c’est une discussion qui aurait dû avoir lieu bien avant la prise du vote sur le PTI et sur ces deux amendements surprises. Il aurait certes été plus courtois et plus transparent de soumettre ces amendements pour réflexion plus tôt que trois minutes avant le début de l’assemblée publique.

C’est ce qui fait défaut au sein de ce conseil: la bonne foi. Le respect entre élus. Même si, faut-il le répéter, la procédure permet de tels mécanismes, on s’attend à un minimum de communication, d’ouverture et de respect. Ce n’est pas en prenant les collègues par surprise, sur des questions pourtant fondamentales, qu’on peut espérer un climat sain.

Le risque, avec de telles manœuvres semblables à des coups de théâtre, c’est de discréditer l’institution démocratique elle-même. C’est d’alimenter le cynisme des citoyens qui assistent, incrédules, à un tel spectacle. Et le pire, c’est que ces démarches ont été initiées par des élus qui prônent la transparence et qui défendent la participation citoyenne.

Le budget trifluvien a été adopté à l’unanimité mardi. Mais pas le PTI. En soi, ce n’est pas bien grave. Mais les traces laissées par l’exercice lui-même, avec des élus médusés ou carrément en colère, avec un maire hésitant quant à la procédure et irrité par la volonté de certains de revenir sur des éléments déjà bouclés, sont plus préoccupantes que les chiffres, les taux de taxation et les inscriptions au plan d’immobilisations.

La mauvaise foi et les coups de théâtre semblent maintenant faire partie des traditions budgétaires, chaque fois que revient décembre, dans ce lieu dit des Trois-Rivières...