Le temps de passer à l’action

Il n’aura pas fallu attendre trop longtemps avant de voir François Legault réagir concrètement à l’annonce de la fermeture de neuf magasins Rona au Québec. Après avoir critiqué durement le laisser-aller du gouvernement libéral dans le dossier de la transaction par laquelle le géant québécois était passé aux mains de Lowe’s en 2016, le premier ministre promet un plan d’action visant à maintenir les sièges sociaux au Québec.

L’intention est noble. Et il faudra voir jusqu’où les éléments de ce plan d’action iront pour protéger efficacement ce qu’on appelle encore les fleurons du Québec économique. Selon ce qu’on a pu apprendre, cet aspect constituera un des mandats d’Investissement Québec dans la foulée de la révision de son rôle, annoncé par la Coalition avenir Québec en campagne électorale. Il est notamment question d’une veille visant à intervenir avant la perte de sièges sociaux et d’un rôle dévolu à la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Mais d’ici à ce qu’on arrive à des mesures concrètes, on ne peut que se désoler devant cette nouvelle qui est tombée lundi concernant la fermeture, par Lowe’s, d’une vingtaine de magasins aux États-Unis et de 31 au Canada, dont neuf au Québec.

Le lien entre ces fermetures et la transaction de 2016 demeure toutefois ténu. La réorganisation de certaines activités du nouveau géant de la rénovation était, pour ainsi dire, attendue depuis l’acquisition de Rona. La fermeture de certains magasins était prévisible. Et il est probable que si Rona était demeuré au Québec, il y aurait eu des fermetures ou une restructuration. Sans doute que cela se serait fait de façon moins sauvage que ce que Lowe’s a fait lundi.

Rona, dans les années qui ont précédé la transaction, s’était essoufflée. La compagnie n’avait pas entrepris de virage sérieux vers le commerce en ligne et avait probablement mal évalué les modifications du comportement des clients. Les concurrents ont eu le champ libre, ou presque, et l’action de Rona avait chuté, suffisamment pour devenir une cible facile pour une acquisition.

L’acquisition de Rona par Lowe’s est, encore aujourd’hui, une perte que l’on déplore et qui témoigne du peu d’intérêt que soulevait alors le maintien de sièges sociaux au Québec.

Rona est un autre de ces fleurons économiques québécois passés aux mains d’intérêts étrangers. C’était un symbole d’attachement et de longévité, un symbole aussi de fierté «nationale», notamment en raison de sa présence dans toutes les régions du Québec et sa politique d’approvisionnement auprès de nombreux fournisseurs québécois.

De telles caractéristiques, qui s’ajoutent à la présence du siège social au Québec, auraient normalement dû faire en sorte qu’on déclenche des mécanismes de protection exceptionnels.

Mais ce ne fut pas le cas.

Même si on a maintenu des activités au siège social canadien de Lowe’s à Boucherville, des tâches financières et administratives ont été transférées vers la Caroline du Nord. C’est aussi là que se prend l’essentiel des décisions, y compris celles touchant les activités canadiennes de l’entreprise.

C’est curieux, quand même. Celle qui était ministre de l’Économie lors de la transaction, Dominique Anglade, disait à l’époque avoir obtenu des garanties notamment sur le maintien des emplois, des opérations et des bannières, sur la conservation du siège social à Boucherville et sur l’approvisionnement auprès de fournisseurs québécois. La grande question était de savoir combien de temps allaient durer ces garanties. On a aujourd’hui la réponse.

Il y a des leçons à tirer de toute cette histoire. Il est maintenant impératif de ressortir les rapports sur la protection des fleurons québécois – particulièrement celles du comité formé à l’initiative de l’ancien ministre des Finances Nicolas Marceau – et de s’en inspirer pour élaborer le plan d’action que semble souhaiter François Legault.

Il ne faut pas attendre de voir partir d’autres fleurons avant d’agir.