La semaine dernière, le Conseil de la nation atikamekw (CNA) et le gouvernement du Québec ont montré la voie à suivre en paraphant une entente sur l’application d’un régime particulier de protection de la jeunesse.

Le salut par l’autonomie

ÉDITORIAL / Des journalistes de La Presse viennent de publier un reportage bouleversant sur l’impact, à travers les générations, des programmes de protection de la jeunesse, et les placements en familles d’accueil, qui reproduisent malheureusement les traumatismes vécus avec les pensionnats autochtones, jusqu’aux années 70.

Le dossier décrit les situations que vivent les citoyens de Lac-Simon, des enfants coupés de leur culture, de leurs liens familiaux; et des intervenants qui ont à faire des choix déchirants, avec des ressources inadéquates, pour assurer le bien-être de ces mêmes enfants. Ce n’est pas une histoire où il est simple de trancher entre le bien et le mal, malgré la douleur profonde que cause un système qui ne répond pas aux besoins particuliers de ces communautés.

Les solutions, parce qu’il n’y en aura pas qu’une seule, passent toutes par une plus grande autonomie des communautés, une meilleure emprise par les Premières Nations pour se donner les outils les mieux adaptés à leur histoire, leur mode de vie.

La semaine dernière, le Conseil de la nation atikamekw (CNA) et le gouvernement du Québec ont montré la voie à suivre en paraphant une entente sur l’application d’un régime particulier de protection de la jeunesse.

Cette entente est une première au Québec, mais elle est aussi l’aboutissement d’une démarche — et d’un projet-pilote — étalée sur une vingtaine d’années. D’autres ententes semblables seraient envisagées ailleurs au Québec.

Les outils et l’approche développés dans ce projet ont déjà produit des résultats. Selon le grand chef président du Conseil de la nation atikamekw, Constant Awashish, la mise en place du Système d’intervention d’autorité atikamekw (SIAA) a fait en sorte qu’aujourd’hui, 80 % des enfants devant être placés peuvent demeurer dans la communauté contre 20 % à l’extérieur. Avant, dit-il, c’était l’inverse, avec la grande majorité des enfants envoyés en dehors de leur milieu. 

L’exemple de la nation atikamekw démontre aussi que, comme le souhaite le directeur de la protection de la jeunesse de l’Abitibi-Témiscamingue, la communauté doit faire valoir sa volonté d’assumer l’autonomie.

D’ailleurs, certains des outils utilisés par le Système d’intervention d’autorité atikamekw, comme la tenue d’un conseil de famille, sont aussi employés par la DPJ.

On ne peut plus faire marche arrière, le transfert de responsabilités des gouvernements provinciaux et fédéral vers les nations autochtones est désormais incontournable. En Colombie-Britannique, la First Nations Health Authority (FNHA) est devenue en 2013 la première institution autochtone à assumer, à la grandeur de la province, les responsabilités jusque-là assumées par le gouvernement fédéral en matière de santé, pour près de 150 000 personnes, réparties dans quelque 300 communautés. 

Cela montre aussi que la volonté de déplacer le centre de gravité du pouvoir vers les communautés doit également être celle des gouvernements, et de ses fonctionnaires. Le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, a été celui qui a conclu la longue démarche du Conseil de la nation atikamekw. Le CNA a servi de pionnier, et son expérience doit ouvrir la voie et faciliter les choses pour les autres nations autocthtones québécoises et des autres provinces. Quelque soit le prochain parti au pouvoir à Québec, il devra s’engager fermement à continuer dans cette direction.