Le retour d’Yves Lévesque

ÉDITORIAL / C’est presque une résurrection quatre jours trop tôt. Après sept mois passés loin des projecteurs, des bains de foule et des journalistes, l’ex-maire Yves Lévesque est littéralement réapparu, mercredi. En relative bonne forme. L’homme est de retour sur la scène publique, peut-être pour préparer un autre retour, celui-là en politique fédérale.

Après un petit déjeuner qui semblait avoir été soigneusement planifié, l’homme a accordé des entrevues aux journalistes présents. Un peu plus tard, il a passé une heure vingt minutes en entrevue et en tribune téléphonique au 106,9 FM. Il a même offert une prise de bec comme plusieurs les aiment avec le conseiller municipal Luc Tremblay.

Il y a quelques bonnes nouvelles dans cette sortie printanière. La première, c’est qu’Yves Lévesque semble en très grande forme. Il n’a rien perdu de sa répartie, de sa capacité de confronter et d’argumenter. Il défend avec la même fougue certaines positions ou décisions qu’il a prises alors qu’il était maire. Et même s’il dit ne pas vouloir jouer les belles-mères dans la campagne actuelle à la mairie, il critique certains enjeux avec la passion qu’on lui connaissait avant son congé de maladie.

La question de la hausse des salaires des élus municipaux, l’abandon du baromètre de la dette, l’application de Vision zéro, l’ajout de postes dans la fonction publique municipale: tout y est passé. Même s’il dit avoir pris goût aux voyages et aux moments passés en famille, Yves Lévesque ne s’est jamais vraiment éloigné de la politique. Et l’envie d’y revenir est manifeste.

Une autre bonne nouvelle: si sa santé lui permet de se lancer comme candidat conservateur dans la circonscription de Trois-Rivières aux élections fédérales d’octobre prochain, il renoncera aux allocations de départ et de transition auxquelles il a droit et qui totalisent près de 250 000 $. La Commission municipale du Québec lui a d’ailleurs récemment confirmé qu’il avait bel et bien droit à ces montants, lui qui a démissionné en cours de mandat et qui devait se soumettre à un examen des motifs par l’organisme provincial.

Il est clair que la population – ou du moins une partie de celle-ci – n’aurait pas vu d’un bon œil l’encaissement de ces allocations comme prélude à un saut en politique fédérale. Et ce, même si l’ex-maire avait pleinement droit à ces montants, compte tenu de ses années de service en politique municipale.

Yves Lévesque semble maintenant avoir toutes les bonnes raisons de se lancer en politique fédérale: une éclaircie dans le ciel des conservateurs, même au Québec, une libération morale d’un avantage monétaire qui aurait pu être contesté, des projets qu’il veut encore défendre. Au nombre de ceux-ci: le train à grande fréquence, le développement de l’aéroport, le remboursement de la taxe sur l’essence, les programmes d’aide mal adaptés aux municipalités.

Le critère de la santé sera celui qui déterminera si l’homme se lance ou non. À voir l’impact positif de son arrêt de travail, de son départ de la vie politique municipale et de sa convalescence discrète, on peut croire qu’une candidature fédérale est bel et bien possible. Voire probable. Et si tel est le cas, cela pourrait donner lieu à une lutte des plus intéressantes dans Trois-Rivières.

Ce qui peut soulever des questions, c’est que le come-back d’Yves Lévesque survient à un bien drôle de moment. La campagne électorale municipale à la mairie bat son plein et même s’il affirme ne pas vouloir s’en mêler, sa soudaine présence publique et médiatique vient rappeler aux électeurs que la chose politique l’intéresse encore.

Elle vient aussi rappeler que dans la course se trouve un candidat, Jean Lamarche, qui se disait «porteur de la vision et de la fierté» léguées par Yves Lévesque et qui a hérité d’une bonne partie de l’organisation de l’ex-maire.

Il y a souvent moins de hasards qu’on le pense en politique.