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Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Alexis Wawanoloath
Alexis Wawanoloath

Le racisme par code postal

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ÉDITORIAL / Ceux qui cherchaient encore une définition de racisme systémique peuvent jeter un coup d’œil sur cette histoire de compagnies d’assurances qui refusent d’offrir des soumissions à des personnes qui habitent sur une réserve indienne. C’est une aberration pure et simple.

L’ex-député péquiste Alexis Wawanoloath, un Abénakis qui habite à Odanak, avait déposé une plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) il y a deux ans. Une compagnie d’assurance lui avait en effet signifié son refus de soumissionner pour son assurance automobile parce que son adresse était à Odanak. Un signal d’alarme retentit lorsque le code postal d’un demandeur révèle que celui-ci habite une collectivité autochtone. L’histoire a refait surface la semaine dernière, alors que La Presse + a publié un dossier sur ces refus invraisemblables.

La plainte d’Alexis Wawanoloath était restée lettre morte jusqu’à ce que la Commission révèle qu’elle menait présentement une enquête systémique sur les politiques des compagnies d’assurances, qui sont apparemment nombreuses à refuser d’offrir des soumissions à des personnes domiciliées dans des réserves. La Commission affirme que c’est parce qu’elle a reçu plus d’une plainte sur cette question qu’elle a décidé de traiter le dossier de manière systémique.

Selon les pratiques en vigueur dans certaines compagnies d’assurances, un résident de Pierreville, municipalité voisine d’Odanak, n’aurait aucune difficulté à obtenir une soumission d’assurance auto ou d’assurance habitation, alors que le résident d’Odanak se verra signifier une fin de non-recevoir. Poliment, des compagnies lui répondront simplement que la collectivité d’Odanak ne fait pas partie des territoires desservis.

Récemment, iA Groupe financier, qui possède l’Industrielle Alliance, une des compagnies qui adoptaient une telle pratique, a admis qu’Odanak ne faisait pas partie des territoires desservis et a reconnu que ses critères de sélection de territoires de desserte pouvaient prêter à la critique. La compagnie a décidé de revoir ses pratiques. Heureusement. Parce qu’il s’agit d’une forme évidente de discrimination. Et aussi parce que l’Autorité des marchés financiers a indiqué que de telles pratiques étaient inacceptables et indéfendables.

Personne chez Industrielle Alliance n’a proféré de propos racistes envers quelque membre des Premières Nations que ce soit. L’affaire n’est pas personnelle. Elle est bel et bien systémique. La semaine dernière, Alexis Wawanoloath résumait bien la situation lorsqu’il mentionnait ceci: «Je ne crois pas que la dame qui m’a refusé la soumission était raciste. Je pense, par contre, que les façons de faire et les politiques mises dans les ordinateurs qui analysent les dossiers ont eu des conséquences racistes sur moi.»

Il faudra des arguments béton pour démontrer le contraire.

L’histoire s’apparente à bien des égards aux cas de redlining qui ont été répertoriés et documentés aux États-Unis dans les années 60. Des institutions financières refusaient ou limitaient abusivement les prêts aux populations situées dans des zones géographiques déterminées, correspondant souvent à des quartiers défavorisés. On ne tenait compte alors que des moyennes et des statistiques globales plutôt que d’évaluer la capacité réelle des demandeurs. Pour délimiter ces zones à risque, on traçait des lignes rouges autour des territoires en question, d’où le nom de redlining.

Il était temps que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse se saisisse de ce dossier et le considère dans son ensemble. Il était surtout temps que de telles pratiques éclatent au grand jour. Parce qu’elles étaient, parce qu’elles sont et parce qu’elles seront toujours inacceptables.