François-Philippe Champagne

Le premier de classe

Il y a une dizaine de jours à peine, François-Philippe Champagne était désigné «personnalité de l'année» en Mauricie par Le Nouvelliste. Le texte qui était consacré à ce choix de fin d'année s'intitulait «Le député qui rayonne autant qu'un ministre». C'était probablement la dernière fois qu'on parlait de lui comme simple député.
Maintenant, c'est à «l'honorable» François-Philippe Champagne qu'on a affaire.
François-Philippe Champagne est le nouveau «p'tit gars de Shawinigan». Avec lui, la Mauricie retrouve une voix au conseil des ministres à Ottawa, un phénomène extrêmement rare au cours du dernier demi-siècle. Si on fait abstraction du premier ministre Jean Chrétien, il faut remonter au début des années 90 pour retrouver des voix mauriciennes au cabinet fédéral.
Ironiquement, c'est après avoir servi huit ans comme secrétaire parlementaire du ministre des Finances - le poste qu'occupait François-Philippe Champagne - que le conservateur Pierre H. Vincent a été nommé ministre par Brian Mulroney, en janvier 1993. Son voisin de circonscription, Robert René de Cotret, avait lui aussi une feuille de route bien garnie chez les conservateurs.
On savait que pour François-Philippe Champagne, ce n'était qu'une question de temps avant qu'il soit nommé ministre. Non seulement il fait un travail exemplaire comme député, mais il s'est fait remarquer sur la scène fédérale, principalement dans ses fonctions de secrétaire parlementaire du ministre des Finances. Instinctif, sympathique et consciencieux sont autant de qualificatifs qu'on lui a attribués au cours des derniers mois.
Champagne est un premier de classe.
Il fait ses devoirs avec application. L'exemple le plus frappant demeure les deux années de préparation avant l'élection de 2015. Il a parcouru sa - gigantesque - circonscription de long en large, rencontré des milliers de personnes. Il n'a fait qu'une bouchée de ses adversaires. 
Il a un comportement exemplaire. Qualifié de «ministrable» dès son élection, il a bien caché sa déception de ne pas être du nombre des élus appelés à former ce premier conseil des ministres. Il a plutôt démontré qu'il pouvait être un joueur de premier plan dans l'équipe libérale.
Il est apprécié de ses pairs. Mais aussi de ses adversaires. Le conservateur Gérard Deltell a dit à plusieurs reprises que François-Philippe Champagne devait être nommé ministre.
Il a des compétences solides. Ça, il ne faut surtout pas l'oublier. Le commerce extérieur est le ministère fait sur mesure pour le député de Saint-Maurice-Champlain. Sa formation et ses expériences professionnelles sont directement reliées aux échanges internationaux.
Il est un redoutable tribun. On l'a vu lors de plusieurs périodes de questions. Rarement déstabilisé, parfaitement bilingue, habile sur les médias sociaux. Ça compte beaucoup en politique.
Alors mardi, son chef Justin Trudeau a reconnu ses compétences et l'a promu au conseil des ministres dans le contexte d'un remaniement sérieux, qui n'avait rien d'un simple brassage de cartes comme on en voit trop souvent. 
Normalement, un député qui devient ministre du Commerce international, on peut appeler ça «entrer au cabinet par la grande porte». Mais il y a eu un nuage. Les dossiers des relations commerciales avec les États-Unis, cruciales dans le contexte des accords de libre-échange et de l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, demeurent sous la responsabilité de Chrystia Freeland, nouvelle ministre des Affaires étrangères. 
On pourrait presque croire que le premier de classe demeure un ministre «junior». Dans les faits, ce ne sera peut-être pas le cas, mais c'est l'impression que ça donne.
Et peu importe les perceptions, la nomination de François-Philippe Champagne est aussi, ne l'oublions pas, une excellente nouvelle pour la région. La Mauricie avait déjà une voix forte au fédéral avec lui comme député. Et le député ne fait plus que «rayonner comme un ministre». Il l'est.
Et c'est tellement mérité.