Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Le pragmatisme ou l’ambition?

ÉDITORIAL / Pragmatisme. Ou pragmatique. Ces mots sont revenus souvent dans le discours de François Legault et dans ses réponses aux questions des journalistes, lundi, alors qu’il présentait son Plan vert.

Être pragmatique est certainement une qualité en politique. Mais en matière d’environnement, de lutte aux changements climatiques et de réduction des gaz à effet de serre, un peu plus d’ambition aurait certainement été de mise.

La gestion des crises sanitaire et économique liées à la pandémie de COVID-19 représente certes un défi qui vient peut-être brouiller les cartes de l’audace ou de l’ambition des gouvernements. Mais en même temps, cette situation offre une opportunité certaine de relancer l’économie en partant sur de nouvelles bases en matière environnementale. Si on affrontait les objectifs de réduction des gaz à effet de serre avec le même sentiment d’urgence que celui qu’on observe dans notre lutte contre la propagation de la COVID-19, on arriverait sans doute à des résultats plus convaincants.

Parce qu’il faut le rappeler: le Plan vert présenté lundi par le premier ministre Legault et son ministre de l’Environnement, Benoit Charette, ne permettra d’atteindre que 40 % des objectifs québécois de réduction des gaz à effet de serre. En clair, c’est un plan qui repose dès le départ sur un échec annoncé. En somme, plus de la moitié des émissions de GES sont laissées en plan. Il faudra bien, un jour ou l’autre, trouver un moyen de s’y attaquer.

En attendant, il faut tout de même souligner que le Plan dévoilé lundi est un des plus détaillés des dernières décennies. On va enfin plus loin que des énoncés de principe et des actions comprises dans des politiques ou des programmes existants. Les mesures prônées par le gouvernement Legault s’articulent principalement autour de l’électrification des transports, notamment avec celle qui a fuité au cours des derniers jours concernant la fin annoncée de la vente de véhicules neufs à essence en 2035. C’est une mesure qui frappe l’imaginaire mais qui peut créer une forte adhésion, même si le Québec accuse déjà un retard en cette matière. D’autres pays ou juridictions ont annoncé des cibles plus hâtives. C’est le cas de la France, du Royaume-Uni mais surtout de la Norvège, qui entend y arriver d’ici 2025. À la différence du Québec, toutefois, le parc automobile de la Norvège compte déjà plus de 52 % de véhicules électriques.

L’électrification des transports comprend aussi un volet qui touche les transports collectifs, avec plusieurs projets déjà en chantier. C’est une cible de choix pour le gouvernement, puisque les transports représentent, au Québec, 43 % des émissions totales de gaz à effet de serre. Sur les 6,7 milliards $ que prévoit investir en cinq ans le gouvernement Legault avec son Plan pour une économie verte 2030, le secteur des transports recevra 3,6 milliards $.


« Parce qu’il faut le rappeler: le Plan vert présenté lundi par le premier ministre Legault et son ministre de l’Environnement, Benoit Charette, ne permettra d’atteindre que 40 % des objectifs québécois de réduction des gaz à effet de serre. »
Martin Francoeur

En plus des mesures liées aux transports, on retrouve d’autres pistes d’action intéressantes. Québec entend par exemple consacrer un demi-milliard de dollars pour réduire les émissions de GES attribuables au chauffage des bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels, 768 millions $ pour aider le secteur industriel à réduire son empreinte carbone, et 300 millions $ pour des mesures d’adaptation aux changements climatiques.

Il y a tout de même des choses qui agacent dans ce Plan vert. D’abord cette possibilité de recourir à l’achat de crédits carbone pour équilibrer les calculs et compenser le retard dans le déploiement des moyens permettant d’atteindre les objectifs de réduction. En procédant ainsi, on favorise toutefois l’évitement par rapport aux objectifs plutôt que la réduction elle-même.

L’autre chose qui laisse perplexe, c’est l’absence de mesures contraignantes ou de moyens susceptibles de déplaire aux consommateurs. Il ne faut pas oublier que la réduction des GES repose aussi beaucoup sur les comportements des citoyens-consommateurs. Rien dans le plan du gouvernement caquiste ne concerne des augmentations de taxes ou l’écofiscalité. On aurait pu, par exemple, taxer davantage les véhicules plus polluants pour financer des mesures incitant, par exemple, à l’achat de véhicules électriques.

Peut-être est-ce pour plus tard? Parce qu’il faut bien rappeler que le Plan pour une économie verte a ceci de positif: on le veut évolutif. Il comprend des mesures de suivi des réductions de gaz à effet de serre et il n’est pas exclu que de nouvelles mesures puissent s’y ajouter. Ce serait souhaitable si on considère qu’il ne reste que dix ans pour atteindre les cibles initialement fixées.

François Legault a voulu demeurer réaliste. Ou pragmatique. Difficile, quand même, de le lui reprocher, lui qui n’a pas été élu pour ses engagements en matière environnementale. Lui et son gouvernement ont tout de même fait un bout de chemin qu’il convient de saluer.