Le monastère des Ursulines est un symbole fort de Trois-Rivières et de son arrondissement historique. Il demeure sans doute le bâtiment le plus photographié et le plus peint de Trois-Rivières.

Le patrimoine des soeurs

Voilà un signe bien concret que le temps rattrape les communautés religieuses: à Trois-Rivières, les Filles de Jésus, les Ursulines et les Carmélites se regrouperont sous un même toit. Les immeubles qu'elles occupent sont devenus trop grands, ne répondent plus à leurs besoins et coûtent une petite fortune à entretenir.
Pour les religieuses à l'origine de cette décision et pour celles qui en seront touchées, on peut facilement comprendre qu'il s'agit d'un bouleversement, aussi grand qu'inévitable. Une sorte de «grand dérangement» que l'on peut attribuer à l'effritement de l'effectif des congrégations et à la lucidité des religieuses qui sont toujours présentes.
Il y a quelque chose d'historique de voir se regrouper en une même résidence, dotée des services appropriés, des religieuses de communautés différentes. On avait eu un avant-goût de cette forme d'entraide ou de solidarité lorsque les Filles de Jésus avaient accueilli, à leur résidence du secteur Cap-de-la-Madeleine, les Carmélites qui quittaient leur monastère du boulevard du Carmel.
Cette fois, ce sont 187 religieuses qui seront regroupées dans ce qui sera ni plus ni moins qu'une extension de la résidence Sainte-Famille, toujours dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. La construction devrait être complétée d'ici un an et demi.
S'il s'agit d'un grand changement pour les religieuses, il ne faut pas oublier que c'en est un aussi pour toute la communauté trifluvienne.
Pourquoi? D'abord parce que l'oeuvre de ces congrégations est étroitement liée à l'histoire de la ville, à son développement, aux soins hospitaliers, à l'éducation. Si leur regroupement nous rappelle que ces communautés ne sont plus éternelles, il doit surtout nous rappeler l'importance de l'engagement de ces femmes et leur inébranlable volonté de faire le bien autour d'elles.
Mais il s'agit aussi d'un changement majeur pour le paysage patrimonial trifluvien. En quittant des complexes aussi imposants que Kermaria, sur le boulevard Saint-Louis, et le monastère des Ursulines, sur la rue du même nom, les religieuses provoquent bien malgré elles un questionnement essentiel: qu'adviendra-t-il de ces immeubles?
Ce ne sont pas les premiers complexes de congrégations religieuses à devoir être recyclés. Il y a eu toutes sortes d'initiatives, certaines plus heureuses que d'autres: un hôtel à Nicolet pour l'ancienne résidence des Montfortains, des logements à Trois-Rivières pour l'ancien monastère des Soeurs du Précieux-Sang, une résidence pour personnes âgées dans l'ancien couvent des Soeurs de Marie-Réparatrice, une clinique médicale dans l'ancien cloître des Carmélites. La liste est longue.
Mais pour les Filles de Jésus et les Ursulines, on dirait que ça doit être autre chose. 
D'abord, il faut absolument considérer que les immeubles actuels de ces congrégations abritent sans doute les deux plus belles chapelles du territoire de la ville. Peut-être même deux des plus beaux lieux de culte, si on ajoute le petit sanctuaire et la cathédrale. Et que même si la pratique religieuse n'est plus ce qu'elle était, les chapelles des Filles de Jésus et des Ursulines sont des joyaux du patrimoine local.
Le monastère des Ursulines est aussi un symbole fort de Trois-Rivières et de son arrondissement historique. Il demeure sans doute le bâtiment le plus photographié et le plus peint de Trois-Rivières.
Il est rassurant de voir que la congrégation est soucieuse de trouver des partenaires pour assurer la survie de sa propriété dans le Vieux-Trois-Rivières, peut-être pour y agrandir le musée et y ouvrir un centre d'archives. Le bâtiment, rappelons-le, a accueilli la première école de Trois-Rivières puis son premier hôpital.
Il est nécessaire d'amorcer une réflexion plus large, en impliquant la population, les groupes d'intérêt et les élus, tout particulièrement.
Il doit bien y avoir moyen de faire quelque chose de symbolique et de pérenne. 
On leur doit bien ça.