Yves Lévesque

Le pari perdu d’Yves Lévesque

ÉDITORIAL / Justin Trudeau a perdu des plumes, mais il a sauvé les meubles. Il obtient un gouvernement minoritaire, certes, mais un gouvernement minoritaire somme toute assez fort. Et la région, d’un bleu bloquiste, peut pousser un soupir de soulagement d’avoir encore un député au gouvernement.

Les résultats de cette soirée électorale présentent certainement quelques signaux d’alarme pour le Parti libéral. À commencer par une absence totale de députés en Alberta et en Saskatchewan, un pourcentage des suffrages exprimés inférieur à celui des conservateurs et de lourdes pertes au Québec. La vaguelette bloquiste a balayé plusieurs circonscriptions néo-démocrates qui avaient survécu à l’élection de 2015, dont Trois-Rivières et Berthier-Maskinongé.

Au jeu des gains et des pertes, les libéraux et les conservateurs sont aussi dans le négatif au Québec. En plus d’avoir perdu des sièges, le Parti conservateur n’aura pas réussi à faire un des gains qu’il espérait ardemment faire: celui de Trois-Rivières. Yves Lévesque n’aura pas remporté son pari de passer de la scène municipale à la scène fédérale.

Si on cherche des facteurs qui peuvent expliquer la défaite du candidat conservateur élevé au rang de vedette par le chef et par le parti, outre la poussée du Bloc québécois, on peut certainement affirmer que la notoriété d’Yves Lévesque n’aura pas suffi pour estomper l’étiquette de représentant du Parti conservateur, un parti qui n’a pas de véritables assises dans la région. En dehors de Trois-Rivières, les conservateurs n’ont pas dépassé la barre des 18 %. Son discours sur le pragmatisme – un terme qu’il a répété à maintes reprises en campagne électorale pour humaniser les candidats conservateurs – n’a pas convaincu.

Pour les libéraux, la conseillère municipale Valérie Renaud-Martin a offert une belle lutte tout au long de la soirée, terminant même deuxième derrière Louise Charbonneau mais devant Yves Lévesque. Les appels au vote stratégique ont pu avoir un impact négatif sur la performance de Robert Aubin, qui termine quatrième dans sa circonscription mais qui va tout de même chercher 16 % des voix, un résultat supérieur à ce que le NPD a fait ailleurs au Québec.

La soirée n’a pas été facile pour François-Philippe Champagne dans Saint-Maurice–Champlain. Tout au long du dépouillement, il voyait la candidate bloquiste Nicole Morin lui souffler dans le cou, jusqu’à ce qu’il parvienne à se détacher un peu. Le député sortant fait partie de ce peloton de ministres québécois hors Montréal – comme Marie-Claude Bibeau ou Diane LeBouthillier – qui ont réussi à sauver leur siège malgré la bonne performance du Bloc dans le Québec francophone.

Il faut saluer la réélection – pour un onzième mandat – de Louis Plamondon dans Bécancour–Nicolet–Saurel. C’est la seule circonscription de la région où, finalement, il n’y avait aucun mystère.

C’est tout le contraire dans Berthier-Maskinongé où le mystère était tellement grand qu’il n’y avait toujours pas de gagnant de proclamé au moment d’écrire ces lignes. La députée néo-démocrate sortante, Ruth Ellen Brosseau, aurait pu être une des seules survivantes du NPD au Québec mais là aussi, le Bloc semblait avoir fait le plein de votes, ce qui a permis à Yves Perron de devancer celle qui avait su faire ses devoirs et gagner le coeur des électeurs de Berthier-Maskinongé.

Chose certaine, le Bloc québécois a repris ses aises en Mauricie et dans la portion riveraine du Centre-du-Québec. Ce sera certainement intéressant de voir quelle dynamique insufflera Yves-François Blanchet – dont la campagne exceptionnelle n’est pas étrangère à cette performance bloquiste – à cette nouvelle cohorte de députés.

Enfin, s’il sera intéressant de voir quelle place fera Justin Trudeau à François-Philippe Champagne au conseil des ministres, il le sera encore plus de voir comment les libéraux tenteront de séduire les néo-démocrates qui représentent assurément la balance du pouvoir pour le gouvernement libéral.