Claude Cournoyer, nommé à l’intérim de la fonction de vérificateur général de la Ville, envisage de poursuivre la Ville de Trois-Rivières.

Le nouveau VG et sa galère

ÉDITORIAL / Ça fait à peine trois mois qu’il est en poste et déjà, le vérificateur général par intérim de la Ville de Trois-Rivières semble avoir mis le feu dans la place. L’homme, qui ne semble pas avoir la langue dans sa poche, n’hésite pas à dire qu’il a l’impression de déranger. Avec ses gros sabots et ses formules parfois rustres, il fait l’objet d’une plainte pour harcèlement psychologique et affiche un penchant favorable envers le maire, ce qui n’est pas sans attirer de vives critiques.

Claude Cournoyer a été nommé à l’intérim de la fonction de vérificateur général de la Ville le 20 novembre dernier. Il est entré en fonction quelques jours plus tard. Et la transition semble avoir été tout sauf harmonieuse.

Une série d’accrochages entre lui et sa seule employée, une secrétaire de direction, a conduit au dépôt de cette plainte pour harcèlement psychologique. Au cours des derniers jours, le principal intéressé a jugé bon écrire aux membres du conseil municipal pour faire valoir sa vision des faits et déplorer le fait que le processus en cours va, selon lui, à l’encontre des façons de faire habituelles. À un point tel qu’il envisage de poursuivre la Ville de Trois-Rivières.

Claude Cournoyer estime que le processus en cours est non seulement inhabituel, mais il lui fait croire aussi qu’on cherche maintenant, avant tout, à se débarrasser de lui.

Le vérificateur général commence sa missive aux conseillers municipaux par les salutations d’usage, suivies de l’expression: «quelle galère!». En effet, ça commence à ressembler à toute une galère que ce mandat intérimaire. Sans doute se trouve-t-il bien des observateurs pour se demander «que diable allait-il faire dans cette galère»... Mais ça, c’est une autre histoire.

L’incompatibilité des façons de faire entre lui et son adjointe n’est pas le premier épisode surprenant dans le début de mandat de Claude Cournoyer à Trois-Rivières. À la fin du mois de janvier, le vérificateur a été qualifié de persona non grata par la Société protectrice des animaux de la Mauricie. Il avait été avisé, par le président de l’organisme et conseiller du district de Sainte-Marthe, Daniel Cournoyer, de ne plus se présenter à l’une ou l’autre des succursales de la SPA Mauricie, à Trois-Rivières ou à Shawinigan. L’organisation de la SPA a d’abord discuté de «l’impact négatif» du comportement du vérificateur lors de ses visites – à titre personnel – aux locaux de la SPA, avant de finalement lui interdire l’accès. On peut certainement douter de la valeur légale d’une telle mesure, mais elle en dit long sur le genre de réactions que l’homme provoque.

Toujours dans la lettre envoyée aux conseillers, Claude Cournoyer mentionne sans ambages: «D’entrée de jeu, je plaide coupable, fortement coupable! Coupable d’admirer un homme admirable à mes yeux et aux yeux de beaucoup de gens à la grandeur de la province [...]». L’homme montre ici toute son admiration envers le maire Yves Lévesque.

Un vérificateur général qui avoue ainsi une préférence politique manque-t-il à son devoir de réserve ? Bien sûr que oui, même si M. Cournoyer prétend le contraire.

On peut assimiler le rôle du vérificateur général d’une ville à celui de vérificateur général du Québec. Le code de déontologie du VGQ mentionne expressément qu’«un employé doit faire preuve de réserve dans la manifestation publique de ses opinions politiques, et ce, tant dans sa vie privée que dans sa vie professionnelle, afin de préserver l’indépendance du Vérificateur général».

Il est de plus en plus reconnu que les comportements, déclarations publiques et attitudes de la personne qui occupe la fonction de vérificateur général peuvent, en raison de leur nature et des circonstances dans lesquelles elles sont formulées, raisonnablement donner à penser que le vérificateur ne peut pas accomplir son mandat en toute liberté d’esprit.

Personne, avant lui, n’avait osé afficher un tel penchant politique. Ses prédécesseurs, sans doute, étaient davantage conscients de la nécessaire impartialité que la fonction impose.