Andrew Scheer était de passage à Trois-Rivières, mardi.

Le mystère Trois-Rivières

ÉDITORIAL / À moins de six jours du scrutin, bien malin celui ou celle qui pourrait prédire le résultat dans la circonscription de Trois-Rivières. Le plus récent sondage Mainstreet donne le candidat conservateur Yves Lévesque en avance dans les intentions de vote, à 30,3 % et démontre aussi une évolution considérable depuis le premier coup de sonde mené à la veille du déclenchement de la campagne électorale.

Les données de ce sondage Mainstreet mené pour le compte du Nouvelliste et du Groupe Capitales Médias révèlent deux choses. D’abord, même si c’est cliché, rien n’est encore joué dans Trois-Rivières. Ensuite, le nom d’un candidat local ne fait qu’une mince différence dans les intentions de vote.

La première enquête de Mainstreet dans Trois-Rivières, au début septembre, demandait les intentions de vote en fonction des partis politiques. À ce moment, les libéraux étaient en tête avec 35,9 %, suivis des conservateurs à 28,2 %, du Bloc québécois à 20,2 % et du NPD à 5,3 % chez les électeurs décidés et enclins.

Un mois et des poussières plus tard, le sondage mentionnait aux répondants le nom du candidat local pour chacun des partis. Yves Lévesque obtient 30,3 %, soit à peine deux points de pourcentage de plus que lors du premier sondage. Les appuis au PLC ont fondu de presque 11 points de pourcentage, ceux du Bloc sont à peu près demeurés stables et le NPD a fait un bond de 12 points.

Là où le candidat conservateur Yves Lévesque se distingue, c’est lorsqu’on compare son score d’intentions de vote (30,3 %) à la moyenne des intentions de vote au Québec comprises dans les sondages nationaux réalisés jusqu’à maintenant. Les conservateurs, au Québec, ne recueillent que 16,4 % des intentions de vote, loin derrière les libéraux et le Bloc. La notoriété et la popularité de l’ex-maire de Trois-Rivières font bel et bien une différence.

Le sondage révèle aussi des faits étonnants. Yves Lévesque – et le Parti conservateur – serait le plus populaire chez les jeunes de 18 à 34 ans, alors que la libérale Valérie Renaud-Martin vient en tête chez les 65 ans et plus, ceux qui votent le plus. En 2015, à l’échelle nationale, le taux de participation chez les 65 ans et plus était de 78,8 %, comparativement à 57 % chez les 18-34 ans. Yves Lévesque est aussi le plus populaire auprès des femmes, ce qui tranche avec le précédent sondage.

La circonscription de Trois-Rivières a donc l’air plus «prenable» que jamais pour les conservateurs. Il n’est donc pas étonnant d’avoir vu Andrew Scheer faire un arrêt éclair au local d’Yves Lévesque mardi après-midi. Dans la dernière ligne droite d’une campagne électorale, les trajets et les arrêts des chefs sont hautement stratégiques.

Mais cette visite d’Andrew Scheer aura surtout révélé un autre facteur qui pourrait expliquer la popularité du candidat conservateur dans les intentions de vote. On a pu voir derrière Yves Lévesque et Andrew Scheer des militants libéraux de longue date, certains portant une étiquette rouge foncé: l’ancien président de l’association locale du PLC dans Trois-Rivières, André Aubert, l’ancien député libéral provincial de Maskinongé, Jean-Paul Diamond, ou encore l’ancien organisateur libéral André Garant. Ces personnes savent comment mobiliser des équipes électorales et ont souvent de larges réseaux d’influence. Même si certains sont dans la circonscription voisine, ça peut faire une différence.

Par ailleurs, le sondage démontre enfin ce qu’on soupçonnait depuis quelques semaines: le député sortant Robert Aubin est plus populaire dans la circonscription que son parti l’est au Québec.

Enfin, les chiffres laissent voir une division évidente du vote progressiste alors que le vote conservateur est concentré vers le parti du même nom. Le PPC de Maxime Bernier et son candidat dans Trois-Rivières recueille à peine 1 % des intentions de vote.

On pourrait veiller tard à Trois-Rivières lundi prochain.