Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Le maire de Saint-Élie-de-Caxton, Robert Gauthier.
Le maire de Saint-Élie-de-Caxton, Robert Gauthier.

Le maire Gauthier et ses faits alternatifs

ÉDITORIAL / Il y a beaucoup de mauvaise foi dans le discours du maire de Saint-Élie-de-Caxton, Robert Gauthier, qui réagissait lundi soir aux démissions de deux autres conseillers et qui se plaignait du traitement médiatique que cette vague de démissions générait. Le maire en vient même à baser ses doléances sur des faussetés, une recette qui a fait école chez nos voisins du sud avec un président qui a développé le concept de «faits alternatifs».

Non, monsieur le maire, tout ne va pas très bien dans votre municipalité. Il faut être aveugle pour ne pas s’en rendre compte.

Robert Gauthier considère que le traitement médiatique de ce qui se passe au sein de la municipalité est injuste. Selon lui, des municipalités comme Maskinongé ou Trois-Rivières ne recevraient pas la même couverture si elles étaient victimes d’une telle vague de démissions. Qui est-il pour savoir ça? Ce qui se produit à Saint-Élie-de-Caxton est unique et préoccupant. Il est normal que cela attire l’attention des médias.

Si une autre municipalité se retrouvait dans une telle situation, elle ferait assurément l’objet d’un intérêt médiatique semblable. À titre de comparaison, la valse des maires dans la municipalité voisine, Saint-Mathieu-du-Parc, à la fin des années 1990, avait fait couler beaucoup, beaucoup d’encre. Six maires en cinq ans, c’était inhabituel. C’était normal que les médias s’y intéressent.

C’est la même chose à Saint-Élie-de-Caxton. Le maire Gauthier, derrière des lunettes roses, voudrait peut-être que personne ne s’intéresse, ne rapporte ou ne commente ce qui se passe de tout croche chez lui. Cela ne se produira pas. Une municipalité, gérée par des personnes démocratiquement élues et fonctionnant avec les taxes que payent les citoyens, est évidemment une institution publique. Il est normal de rapporter ce qui s’y passe.

Et contrairement à ce que prétend le maire Gauthier, ce n’est pas seulement quand ça va mal que les journalistes parlent de la municipalité. Lundi soir, il geignait encore: «Tout le monde parle des gens qui nous quittent, mais on n’entend jamais parler de nos réussites. Lorsqu’une ville comme Shawinigan émet un avis d’ébullition pendant trois jours, elle bénéficie d’une couverture de trois ou quatre pages dans le journal. Nous, quand on s’occupe d’améliorer les services d’eau potable d’un secteur dans lequel un avis d’ébullition est en vigueur depuis dix ans, personne n’en parle.»

C’est faux, monsieur le maire. Et vous le savez très bien.

D’abord, jamais un avis d’ébullition ou une levée de celui-ci ne remplirait trois ou quatre pages dans un journal. À moins que cela paralyse des commerces ou des industries. Et encore.

Ensuite, Robert Gauthier fait référence au fait que personne n’a parlé de sa municipalité qui a procédé à l’amélioration des services d’eau potable dans un secteur où un avis d’ébullition est en vigueur depuis dix ans. Personne, dit-il. Absolument personne.

Le Nouvelliste en a parlé en février dernier. L’article citait d’ailleurs le maire lui-même, qui expliquait les détails du projet et qui mentionnait que si tout allait bien, les citoyens du secteur du domaine Ouellet auraient accès à l’eau potable cet été. À lui seul, cet article était plus consistant et plus instructif que les quelques paragraphes éparpillés dans l’infolettre municipale de Saint-Élie quatre fois au cours de la dernière année sur ce projet.

Utiliser des «faits alternatifs» ou des informations erronées pour dénigrer le travail des médias n’est pas une bonne idée. C’est mal servir la population et c’est surtout lui manquer de respect.

Le maire Gauthier a attendu à lundi avant de commenter les plus récents départs de conseillers municipaux. Le compteur des départs depuis l’élection de 2017 est rendu à cinq du côté des conseillers et à une vingtaine du côté des employés municipaux. C’est considérable.

Dans ses commentaires, le maire rappelle qu’«il n’y a rien qui se fait de mal à Saint-Élie-de-Caxton» et considère que l’attention que suscite l’étrange succession de conseillers et d’employés municipaux devrait cesser parce qu’il s’agit, selon lui, de harcèlement. «On fait tout correctement, on travaille sur une panoplie de bonnes choses et on en fait même plus qu’il en faut», a ajouté le maire. Il a probablement raison. Le problème à Saint-Élie n’est sans doute pas sur la forme. Il réside probablement dans les relations interpersonnelles difficiles, les conflits de personnalités, les vieilles querelles de village, les perceptions et les caractères.

Il serait sans doute extrêmement laborieux et certainement périlleux de plonger la municipalité dans un quelconque diagnostic organisationnel ou une procédure formelle d’évaluation des méthodes de gestion. Il convient plutôt, dans un cas comme celui-là, de faire un peu d’introspection et de se remettre en question. Personne à la Municipalité ne semble disposé à le faire, ce qui fait que le problème de Saint-Élie-de-Caxton risque de devenir chronique. Et n’en déplaise au maire Gauthier, ce problème, s’il existait avant son élection, n’a jamais été aussi préoccupant que maintenant.

Pendant que l’administration municipale rechigne sur l’image médiatique que projette la municipalité et qu’on tente de réparer les pots cassés, il y a quand même un certain Fred Pellerin qui continue de propager la fierté envers son patelin. Pourtant, Fred aurait toutes les raisons de ne pas avoir envie de le faire.

Dans une lettre à ses concitoyens, publiée en septembre dernier, il écrivait ceci: «Depuis plusieurs mois, les choses sont devenues de plus en plus compliquées dans les relations avec les instances municipales. Compliquées à ce point où j’ai dû prendre des décisions lourdes sur quantité de projets, dont celle-ci qui me retire définitivement de toute collaboration avec la Municipalité.» Les épisodes concernant le projet de petite salle de spectacles, la Féerie de Noël ou la trame sonore et narrative des visites audioguidées ont échaudé le conteur, à qui on doit pourtant l’essentiel du positionnement de Saint-Élie-de-Caxton sur le plan touristique.

Avant Fred, bien peu de monde en dehors de la Mauricie connaissait ce village. Mais au cours des dernières années, ils ont été des dizaines de milliers à y venir parce que c’est le monde de Fred. Certains s’y sont installés, offrant parfois une nouvelle touche de créativité et de saveur locale.

Lundi, à Petit-Saguenay, Fred était sur place pour vanter les mérites des appellations d’origine contrôlée, un concept d’homologation des produits locaux qu’il avait mis en place à Saint-Élie – avec le label FOC pour «fabrication d’origine caxtonienne» – et qui commence à faire des petits. Ce fut d’abord à Saint-Camille, en Estrie, puis plus récemment à Petit-Saguenay. Chaque fois, le conteur ne manque pas de rappeler que cette idée de certification «est venue d’un besoin de souligner la fierté qu’on avait à Saint-Élie-de-Caxton autour de certains produits, services et personnes qui participent à l’identité [de notre village] et à sa diversité.»

Il y a ces fiertés qu’on propage et qui font du bien. Mais il y a aussi ces hontes qu’on essaie de cacher ou de minimiser et qui provoquent souvent de grands malaises.

La présente administration municipale et le ballet incessant des départs pour toutes sortes de raisons entrent certainement dans la deuxième catégorie.