Yves Lévesque

Le grand retour d’Yves Lévesque

ÉDITORIAL / C’est maintenant officiel: Yves Lévesque est de retour! Il faut dire que la résurrection de l’ancien maire de Trois-Rivières au beau milieu de la course à sa propre succession avait laissé bien peu de doutes sur les intentions qu’il avait quant à son avenir politique. La victoire de Jean Lamarche, qui se présentait comme étant le candidat de la continuité, lui aura finalement donné cette ultime poussée dans le dos vers une candidature en politique fédérale.

Visiblement, Yves Lévesque bénéficie encore d’un important bassin d’admirateurs. Son entrée en scène lors de la dernière campagne à la mairie a eu un impact majeur à quelques jours du vote. Est-ce que son intervention a eu une incidence sur le résultat final? Les opinions divergent sur la question. Chose certaine, le vieux routier a clairement démontré que ses problèmes de santé étaient réglés et qu’il était prêt pour aller à la guerre. Un véritable miraculé.

Des appuis, de la santé et de l’énergie, Yves Lévesque n’en aura pas de trop au cours de la prochaine campagne fédérale car la course risque d’être à la fois enlevante et serrée dans Trois-Rivières.

Même si son parti connaît une baisse de popularité, le député sortant Robert Aubin peut lui aussi compter sur une base intéressante d’appuis et ne se gênera pas pour attaquer son vis-à-vis sur un programme conservateur qui rejoint moins les Québécois et sur ses vieilles controverses municipales. Lévesque a fait quelques faux pas durant toutes ces années passées à l’hôtel de ville (consultations citoyennes inconsidérées et difficulté à travailler en équipe) et il faut s’attendre à ce que l’habile tribun néodémocrate les lui remette sur le nez.

Les autres partis semblent un peu plus «ébranlés» par l’entrée en scène d’Yves Lévesque. Du côté du Bloc québécois, le chef Yves-François Blanchet avait promis «une grosse annonce» pour Trois-Rivières. C’est finalement Louise Charbonneau, présidente de l’association locale, qui sera sur la ligne de départ… Du côté libéral, la liste de candidats potentiels était relativement longue il y a quelques semaines à peine. La candidature d’Yves Lévesque et la débandade du parti dans les sondages ont visiblement freiné des ardeurs. Amina Chaffaï a confirmé la semaine dernière qu’elle passait finalement son tour, mais Valérie Renaud-Martin serait sur le point de confirmer sa candidature. Reste à voir comment la conseillère, longtemps considérée comme étant la dauphine d’Yves Lévesque, se débrouillera devant son ancien patron. Intéressant face-à-face en perspective!

Yvon Deshaies décidera-t-il de se lancer en tant que candidat indépendant? Pas sérieux, dites-vous? Attention! Le populaire (et populiste) maire de Louiseville pourrait jouer les trouble-fête et changer le portrait final en volant de précieux votes à d’autres candidats.

Yves Lévesque est une grosse prise pour les conservateurs. Il est connu à travers le Québec, il a de l’expérience et il connaît très bien les enjeux de la région. Et il faut admettre qu’il a fait de grandes choses pour Trois-Rivières. L’Amphithéâtre Cogeco, la revitalisation du centre-ville, le développement économique et le nouveau colisée se retrouvent en haut de la liste de ses réalisations. La candidature de l’ex-maire Lévesque est donc prestigieuse pour les conservateurs et les attentes sont à la hauteur de ce prestige. La présence d’Andrew Scheer à Trois-Rivières pour présenter son candidat dans Trois-Rivières le démontre clairement. Lévesque pourrait-il accéder au cabinet ministériel si lui et son parti sont portés au pouvoir? Pas impossible. Rappelons que Trois-Rivières n’a pas eu de député fédéral au pouvoir depuis plus de 25 ans alors que Pierre H. Vincent était un ténor du Parti… conservateur!

Yves Lévesque part favori, certes, mais il lui reste encore beaucoup de travail à faire avant d’être déclaré gagnant. Habitué de faire cavalier seul, il devra notamment adhérer instinctivement aux idées de son parti pour éviter de mettre celui-ci dans le pétrin. Celui qui relève d’un congé de maladie de plusieurs mois devra également savoir garder son sang-froid devant une adversité qu’il n’était plus capable de tolérer en tant que maire de Trois-Rivières.

Il sera d’ailleurs intéressant de voir s’il sera attaqué sur ces problèmes de santé qui l’ont forcé à quitter la mairie et qui lui ont permis d’encaisser une indemnité de 250 000 $. Le principal concerné a prévu le coup en promettant de redonner cette somme s’il est élu. Il serait par contre indécent et même un peu dangereux d’essayer de se faire du capital sur le dossier médical d’un autre candidat.

Il faut plutôt espérer que les débats se concentreront principalement sur les enjeux régionaux qui sont nombreux. Il reviendra d’ailleurs aux intervenants concernés de profiter de cette guerre de tranchées pour aller chercher des engagements significatifs dans des dossiers aussi importants que la pyrrhotite, la réalisation du train à grande fréquence ainsi que le développement du port et de l’aéroport.