Le grand «référentrump»

C’est jour d’élections chez nos voisins du sud. Le grand rendez-vous de la mi-mandat constitue un test pour les républicains et pour le président Donald Trump lui-même. Pour les démocrates, il s’agit d’une répétition, même sans véritable leader, pour les présidentielles qui auront lieu dans deux ans exactement. De façon générale, il s’agit en quelque sorte d’un grand référendum sur les idées et les méthodes de Donald Trump.

Aux États-Unis, le terme «referenTrump», sorte de mot-valise qui combine «referendum» et le nom du président, circule beaucoup. On comprend pourquoi.

Si on se fie aux sondages, les démocrates pourraient reprendre le contrôle de la Chambre des représentants. Mais du côté du Sénat, où ils ont davantage de sièges en jeu que les républicains, ils pourraient subir des pertes. Chose certaine, les détracteurs de Donald Trump risquent d’être déçus parce que peu importe le scénario, les chances de le voir humilié à la suite de cet exercice sont minces.

Ces élections de mi-mandat – qui touchent aussi bien des représentants, des sénateurs et des gouverneurs – constituent un exercice très couru si on en juge par les taux élevés enregistrés jusqu’à maintenant pour ce qui est du vote par anticipation.

La polarisation atteint des sommets dans les idéologies qui s’affrontent. On n’a qu’à observer les grands rassemblements des derniers jours, avec Donald Trump d’un côté et Barack Obama de l’autre, pour sentir à quel point les partisans de chaque clan sont déterminés à voir gagner leurs favoris respectifs.

Quoique dans le cas des républicains, le président Trump a clairement envoyé son message en disant aux électeurs que peu importe le niveau de l’élection à laquelle ils prennent part, il faut s’imaginer que c’est son nom qui est sur le bulletin de vote. Comme si, soudainement, il sollicitait un vote de confiance de la part des électeurs, même si ceux-ci votent pour un représentant quelconque dans le fond du Wyoming ou pour un sénateur en Arizona.

Les dernières années ont permis de voir émerger, partout aux États-Unis, une plus grande fidélité des partisans envers leur clan. Les indécis sont de moins en moins nombreux. Les électeurs républicains qui ne sont pas nécessairement des partisans inconditionnels de Donald Trump voudront tout de même faire une démonstration de force.

Quant aux supporteurs de Trump, ils le voient plus déterminé que jamais, avec un discours qui leur plaît parce qu’il aborde des questions comme la sécurité nationale, l’identité et l’économie. Sur ce dernier plan, d’ailleurs, les chiffres ont de quoi aider le président en poste, notamment un taux de chômage à son niveau le plus bas depuis presque cinquante ans.

Là où on se pose encore bien des questions, c’est sur la capacité de Donald Trump à satisfaire sa base militante en jetant constamment le blâme sur les démocrates, sur les immigrants, sur les médias, sur l’establishment et sur le système lui-même. Cette rhétorique de peur et de conspiration étonne encore. Mais elle fonctionne. Elle séduit ces électeurs découragés par la politique traditionnelle, prêts à mettre toute leur confiance dans les mains d’un individu qui se pose en pourfendeur des façons de faire traditionnelles, en défenseur de l’identité et des valeurs états-uniennes.

Ces élections de mi-mandat, si elles peuvent permettre à Donald Trump de ne pas perdre la face complètement, pourraient être porteuses d’au moins une mauvaise nouvelle pour lui. Les démocrates, actuellement minoritaires à la Chambre des représentants, sont en bonne position d’en reprendre le contrôle. Ils ont actuellement 193 des 435 sièges et pourraient, à l’issue du scrutin, en ravir une vingtaine, voire une trentaine aux républicains. Ce serait un gain majeur.

Un gain qui devrait leur donner des ailes jusqu’aux présidentielles de 2020. À condition qu’ils trouvent le bon candidat ou la bonne candidate pour incarner le changement et pour livrer la bataille la plus efficace contre Donald Trump.