Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

Le «grand débat» du bulletin chiffré

On est quand même chanceux au Québec. Nos débats les plus passionnés, par les temps qui courent, portent sur le retour des trop-perçus d’une société d’État qui vend de l’électricité, sur le port de signes religieux par des fonctionnaires en situation d’autorité et sur l’utilisation de notes chiffrées sur le bulletin des élèves du primaire et du secondaire.

Ce dernier sujet a une fois de plus rebondi dans l’actualité avec l’intervention du Conseil supérieur de l’éducation qui, dans un récent rapport, recommande d’éliminer le bulletin chiffré actuel qui est remis aux écoliers du Québec et à leurs parents. On recommande aussi de ne plus faire de moyenne du groupe, au primaire et possiblement au premier cycle du secondaire.

Il n’est pas question, ici, d’abandonner le bulletin lui-même, insiste-t-on dans le rapport, mais de remplacer les notes chiffrées par des cotes, des tableaux ou des graphiques. La raison? Les notes chiffrées permettent trop les comparaisons et causent de l’anxiété aux élèves.

On ne sait pas si on doit se pincer, rire ou pleurer.

Le Conseil supérieur de l’éducation estime que la «course aux notes» décourage les élèves les plus faibles et les empêche d’accéder aux programmes contingentés au cégep et à l’université.

On peut être pour ou contre les bulletins chiffrés. Des experts ont produit des tas de rapports sur le sujet et les positions s’équivalent sans doute. Chaque option a ses bons et ses mauvais côtés.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a eu le bon réflexe en faisant un arrosage préventif avant que le feu prenne. Réagissant rapidement au rapport du Conseil supérieur de l’Éducation, il a indiqué que les bulletins chiffrés étaient là pour rester, notamment parce qu’ils constituent un outil de communication efficace entre l’école et la famille.

Il est quand même utile de rappeler, ici, que le Québec a fait l’essai des bulletins non chiffrés. Dans la foulée de la réforme pédagogique lancée par le Parti québécois dans les années 90, les bulletins de format différent, notamment avec des mentions reliées à l’atteinte des compétences. Les bulletins chiffrés étaient revenus en 2007 et ont été uniformisés en 2012, après un persistant constat de confusion.

Ce n’est pas pour rien qu’on est revenu aux résultats chiffrés. Les parents veulent que le bulletin indique de façon claire le niveau de connaissances de leur enfant, son progrès et le niveau où il se situe par rapport à ses camarades du même âge. Il est intéressant, pour un parent, de savoir si son enfant est dans la fourchette supérieure ou inférieure des élèves de sa classe en ce qui a trait à la réussite.

Mais ces mêmes parents qui ont réclamé le retour du bulletin chiffré se basaient surtout sur leur propre vécu. Ils n’avaient pas connu l’apprentissage par compétences, que certains voient comme un subterfuge pour faire disparaître les échecs et la comparaison. Et peut-être qu’il est vrai que cela se mesure autrement.

En revenant au bulletin chiffré, le Québec est peut-être allé à contre-courant de certaines tendances qui se dessinent ailleurs en Occident en matière d’évaluation des compétences. Mais il a fait son choix. Et même si le débat est sain et qu’une remise en question périodique est pertinente, on ne doit pas faire marche arrière tous les dix ans.

Un tel changement, s’il doit un jour se produire à nouveau, doit impérativement reposer sur de bonnes raisons. Pas sur le fait de dire que les notes ouvrent trop la porte aux comparaisons ou créent de l’anxiété chez l’enfant.

Il vaut peut-être mieux apprendre aux plus jeunes ce qu’est l’anxiété et surtout, ne pas leur laisser croire qu’ils sont qualifiés si, dans les faits, ils ne le sont pas. Le choc sera alors beaucoup plus brutal aux études supérieures. Et dans la vie en général.

Il faut certainement se remettre en question, bonifier ce qui existe, changer ce qui doit l’être. Mais évitons, surtout, de niveler par le bas.