Le gentleman et l’élève modèle

ÉDITORIAL / S’il est toujours intéressant de voir arriver de nouvelles figures dans le paysage politique de la région, à la suite d’une élection, il est certainement plus difficile de voir partir des hommes et des femmes qui ont consacré quelques années de leur vie au service de la population. Robert Aubin et Ruth Ellen Brosseau méritent respect et reconnaissance pour ces huit dernières années.

Huit années à faire de la politique autrement et humblement. À faire de la politique en étant près des gens, en ayant résolument une approche tournée vers l’humain et en représentant un parti qui n’avait encore jamais été représenté dans la région.

Robert Aubin et Ruth Ellen Brosseau sont les mieux placés pour comprendre l’effet d’une vague lors d’une élection générale. Ils devaient eux-mêmes leur siège de député à une certaine vague orange, qui a déferlé sur le Québec en 2011. Et malgré la notoriété personnelle qu’ils ont acquise depuis ce temps et malgré le niveau d’affection et de respect que les électeurs de leur circonscription respective leur accordaient, ils savent bien qu’il est très difficile de résister à une vague.

Robert Aubin s’est rapidement imposé comme figure de proue du Nouveau Parti démocratique au Québec. Il avait l’avantage de représenter une circonscription urbaine, un pôle régional où se trouvent des institutions, des grandes entreprises, des organismes de tout acabit et des médias. L’homme a toujours été posé, affable, disponible. Ce n’est pas pour rien qu’il a présidé le caucus québécois du NPD de 2012 jusqu’au début de 2019.

Tant dans les dossiers régionaux qu’il devait défendre que dans les dossiers nationaux qu’on lui confiait, Robert Aubin faisait un travail minutieux, méthodique et d’une grande efficacité. Comme parlementaire, il a été membre et vice-président de la section canadienne de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, vice-président du comité permanent sur les transports, l’infrastructure et les collectivités, membre du comité permanent sur l’environnement et de celui sur les langues officielles.

Sa voisine de circonscription, dont l’atterrissage en politique est digne d’une œuvre de fiction, fait figure d’élève modèle tant elle a su apprendre rapidement les rouages de la vie parlementaire et de l’engagement politique. Surtout, elle s’est vite taillé une place de choix dans le cœur des électeurs de Berthier-Maskinongé, tout en développant une collaboration sans faille avec les élus locaux.

Il aura été fascinant de la voir passer de «candidate poteau» baragouinant un français approximatif à députée respectée, maîtrisant le français jusque dans les subtilités du vocabulaire politique. Une députée qui, comme Robert Aubin, a été réélue en 2015 alors que bien d’autres députés de la vague orange tombaient au combat. Sur les 59 qui avaient été élus en 2011, il n’en était resté que 16. Ça relevait déjà de l’exploit.

Depuis 2011, Ruth Ellen Brosseau a été membre ou vice-présidente du comité permanent de l’agriculture, membre du comité permanent sur la condition féminine et de celui sur l’accès à l’information, la protection des renseignements personnels et de l’éthique. Elle a aussi hérité de fonctions parlementaires prestigieuses: présidente du caucus du NPD, leader de ce parti en Chambre ou whip de sa formation politique. Et comme dans son travail de députée, elle s’est acquittée de ces fonctions avec aplomb.

La région vient de perdre deux leaders qui ont su défendre ses intérêts à Ottawa. Que ce soit dans des grands dossiers comme la pyrrhotite, le train à grande fréquence ou la gestion de l’offre, ou pour des dossiers de citoyens, d’entreprises ou de regroupements, ils ont toujours été là. Leur personnel politique aussi.

Il faut espérer qu’on ne les a pas perdus pour longtemps. Des personnalités politiques de leur trempe, on en a besoin. À n’importe quel niveau. Cette façon de servir méritait d’être soulignée.

Chapeau et merci, madame Brosseau et monsieur Aubin.