Martin Francoeur
Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge
Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

Le fondamental plutôt que l’inutile

Ce n’est pas d’hier que l’on parle d’abolir le cours d’Éthique et culture religieuse dans les écoles mais il semble bien que cette fois, le glas ait sonné pour ce cours tel qu’on le connaît présentement. L’annonce faite vendredi par le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, même si elle met un peu la charrue devant les bœufs, vient ouvrir la porte à un nouveau cours d’éducation à la citoyenneté, nettement plus approprié.

En fait, le ministre a donné le coup d’envoi d’un processus de consultation pour la «révision en profondeur» du programme d’Éthique et culture religieuse. Ce cours, rappelons-le, a été instauré pour remplacer les cours d’enseignement moral ou religieux dans les écoles, il y a une dizaine d’années.

Mais au fil des ans, le cours d’ECR a fait l’objet de nombreuses critiques d’experts et de différents intervenants du milieu scolaire. Les habitués de ces pages d’Opinions ont vu passer, au cours des dernières années, des dizaines de lettres au sujet du cours d’Éthique et culture religieuse. Bon nombre d’entre elles demandaient son abolition pure et simple. La contestation de ce cours avait de forts ambassadeurs, voire des instigateurs, en Mauricie. Il n’est donc pas étonnant d’apprendre que la consultation du ministre concernant le processus de révision du programme fera un arrêt à Trois-Rivières.

Or, même si cette consultation ne fait que commencer et aura lieu jusqu’au 21 février, on semble déjà, du côté du gouvernement de François Legault, avoir une bonne idée de ce qu’on voudrait aborder dans le cours qui remplacera celui d’Éthique et culture religieuse.

La participation citoyenne et la démocratie, l’éducation juridique, l’écocitoyenneté, l’éducation à la sexualité, le développement de soi et des relations interpersonnelles, l’éthique, la citoyenneté numérique et la culture des sociétés sont les thèmes qui ont été retenus et qui seront soumis pour ces consultations. C’est déjà prometteur comme programme. Reste évidemment à voir de quelle façon de tels thèmes seront répartis dans le curriculum primaire et secondaire, mais il s’agit d’éléments certainement pertinents à la préparation des citoyens de demain.

Petite parenthèse: espérons, au passage, qu’on saura trouver une case pour l’éducation aux médias dans le volet qui pourrait aborder la participation citoyenne et la démocratie.

Il est rassurant d’entendre le ministre de l’Éducation manifester le souhait d’avoir, dans le curriculum d’études, un «cours moderne d’éducation à la citoyenneté» axé sur le respect de soi et des autres. Quel que soit notre point de vue par rapport à la religion, il y a un assez large consensus social selon lequel la place de celle-ci n’est pas dans les espaces publics, encore moins dans les écoles. Il appartient aux familles et aux lieux de culte de faire l’enseignement religieux. Les contenus, les manuels servant au cours d’ECR et même certains enseignants de ce cours nous offraient, ces dernières années, controverse par-dessus controverse.

En 2016, l’ex-chef péquiste Jean-François Lisée prônait déjà la révision de fond en comble du cours d’ECR. Il proposait même un nouveau cours, d’Éthique et citoyenneté québécoise, qui ferait en sorte «que tous les jeunes Québécois, de toutes origines, soient spécifiquement sensibilisés aux valeurs de la démocratie, de l’égalité des hommes et des femmes, de la laïcité et des autres éléments essentiels de notre existence nationale». Et pour que les jeunes continuent de développer une connaissance du «phénomène religieux», il proposait de bonifier les cours d’histoire afin qu’on y aborde les différentes facettes des religions, «mais de façon objective et dans leur contexte historique».

C’est le gros bon sens. Et c’est la preuve qu’il faut parfois du temps pour qu’une idée fasse du chemin. Il importe, maintenant, de bien faire les choses pour s’assurer que le nouveau cours devienne un modèle de pertinence.