Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
 L'escalier monumental du parc portuaire de Trois-Rivières.
 L'escalier monumental du parc portuaire de Trois-Rivières.

Le flop monumental de l’escalier monumental

ÉDITORIAL / «C’est quelque chose de majestueux, d’unique et qui va durer dans le temps.» C’est ce que disait l’ancien maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, en 2012, alors qu’il procédait à l’inauguration de l’escalier monumental au parc portuaire. Huit ans plus tard, force est de constater que l’escalier aura besoin d’aide et d’investissements additionnels pour durer dans le temps.

L’escalier monumental qui relie la rue du Fleuve et la terrasse Turcotte est fermé pour l’hiver, principalement en raison de sa détérioration prématurée. Cette construction, pourtant toute récente, vient s’ajouter à la désolante liste d’infrastructures qu’il faut réparer, défaire ou refaire en raison de problèmes de conception ou de vices de construction.

L’escalier se détériore prématurément. Ce n’est pas nouveau, mais c’est la première fois que son état nécessite qu’on le condamne pour une saison entière.

En mai 2013, quelques mois seulement après son inauguration, quatre marches avaient dû être remplacées après avoir été endommagées par les opérations de déneigement. En janvier 2014, l’escalier a dû être fermé pendant plusieurs jours en raison d’une pluie verglaçante et de l’impossibilité de le déglacer adéquatement. Pas question d’utiliser des abrasifs: on ne voulait surtout pas endommager davantage les marches et les inscriptions illuminées.

La guigne semble s’acharner sur cet escalier depuis sa construction. Et il a pourtant coûté 1,6 million $ à l’origine. C’est sans compter les interventions ponctuelles qui ont été nécessaires.

Le problème avec cet escalier monumental, c’est qu’il semble avoir été conçu en oubliant qu’il y a un hiver au Québec. Une attention particulière doit être portée envers son déneigement et son déglaçage si on veut qu’il conserve sa fonction première: permettre de passer d’un niveau à un autre.

La Ville avait pris soin, dès l’aménagement de cet escalier, de spécifier certains éléments quant à son déneigement. Les différents entrepreneurs privés qui se sont succédé ne pouvaient pas utiliser de sel de déglaçage ni de machinerie. Que des pelles en plastique, du sable et des balais. Mais personne ne peut garantir que les déneigeurs ont toujours respecté ces contraintes.

L’escalier a été conçu dans un ensemble de travaux, totalisant près de 4 millions $, qui touchaient la place Pierre-Boucher et le parc du Platon. On voulait alors créer un nouveau lien entre le centre-ville et le quartier historique. Et tant qu’à le faire, on voulait marquer le coup par un geste fort et esthétique sur le plan de l’aménagement. On s’entend: l’escalier est magnifique. Mais il n’est pas normal d’avoir une telle structure qui semble avoir été conçue pour être regardée ou photographiée plutôt que pour être montée ou descendue. L’esthétisme ne se substitue surtout pas à la sécurité et à la durabilité.

C’est préoccupant de devoir faire le constat que la construction ne répond pas à sa fonction première et est incapable de résister au temps. Il y a eu un problème de conception et de réalisation. Quelques jours seulement après son inauguration, en 2012, des spécialistes émettaient déjà certains doutes quant au choix des matériaux ou à l’armature des marches. La Ville, avant de mettre des sommes dans la réfection de l’escalier, doit établir un diagnostic clair de ce qui n’a pas fonctionné. Et surtout, il faut trouver la bonne intervention pour assurer une pérennité à l’infrastructure elle-même.

De nombreuses villes nordiques ont recours à des matériaux chauffants pour sécuriser les passages publics ou les escaliers. Bien sûr que c’est un peu plus cher, mais ne s’évite-t-on pas un paquet de problèmes liés aux conditions climatiques et aux opérations de déneigement quand on opte pour une solution semblable. Ce pourrait être une piste envisagée.

Les incidents successifs de l’escalier monumental démontrent aussi que la Ville doit aussi revoir ses procédés en matière de conception et de gestion de certains projets d’infrastructures. La piste cyclable ondulée du boulevard des Forges ou le labyrinthe du District 55 sont deux exemples qui ont récemment rebondi dans l’actualité.

Ce n’est pas normal de devoir fermer un escalier, si joli soit-il, quelques années seulement après sa construction. Les contribuables vont devoir payer encore pour cette infrastructure et cette fois, il n’y aura pas de subventions.

Ça ressemble bien davantage à un flop monumental qu’à un escalier monumental.