Greta Thunberg

Le diagnostic de Maxime

ÉDITORIAL / Il faudrait se demander, après avoir pris connaissance des propos que Maxime Bernier a tenus sur Twitter ces derniers jours au sujet de Greta Thunberg, lequel des deux est le plus mentalement instable. Le député de Beauce a tenu des propos inacceptables, indignes d’un chef de parti qui sollicite la faveur de l’électorat canadien.

Dans une démarche qui n’est pas sans rappeler celle qui constitue le traintrain quotidien d’un certain Donald Trump, Maxime Bernier s’est fendu d’une série de tweets qui pourfendent la jeune égérie de l’environnement et des changements climatiques.

«Greta Thunberg est clairement mentalement instable. Autiste, mais aussi obsessive-compulsive, trouble alimentation, dépression, léthargie [sic]. Elle vit dans une peur constante et veut nous la communiquer», a-t-il écrit lundi sur son compte Twitter. Peut-être que le chef du PPC faisait ici allusion à la formule-choc souvent utilisée par Greta Thunberg: «I want you to panic» («Je veux que vous paniquiez»).

On peut penser ce qu’on veut de cette adolescente suédoise qui milite pour l’environnement et contre les changements climatiques. On peut faire la moue devant l’aplatventrisme ou l’opportunisme de certains chefs d’État devant cette jeune militante qui a entraîné dans son sillage des dizaines voire des centaines de milliers de jeunes préoccupés par l’état de la planète. On peut critiquer la place qu’elle prend dans l’espace médiatique. On peut faire bien des choses, en somme. Mais l’attaquer personnellement en faisant allusion à un hypothétique état de santé mentale est tout à fait inacceptable.

Il est vrai que Greta Thunberg est atteinte du syndrome d’Asperger. Elle dit d’ailleurs s’en faire une force. Cela ne fait pas d’elle une écervelée ou une impertinente.

Et pour qui se prend Maxime Bernier pour lui diagnostiquer d’autres troubles de santé mentale? Pour conclure qu’elle est mentalement instable? Pour laisser entendre qu’elle est instrumentalisée par la «gauche verte»? Pour la qualifier de menace à notre prospérité et à notre civilisation? Est-il ici utile de rappeler que Maxime Bernier a certainement été beaucoup plus tête-en-l’air que qui que ce soit en laissant traîner des documents confidentiels concernant le travail des troupes canadiennes en Afghanistan chez sa fréquentation de l’époque, Julie Couillard. L’incident avait été qualifié de préjudiciable à l’intérêt national par un rapport gouvernemental interne du ministère des Affaires étrangères.

C’est ce même étourdi qui sollicite aujourd’hui l’appui des Canadiens dans le contexte électoral que nous connaissons. Il est le chef autoproclamé d’un parti qui rejette «l’alarmisme climatique», qui prône l’abolition de la taxe sur le carbone et le retrait du Canada de l’Accord de Paris, qui vise la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Si ce n’était que cela...

Mais Maxime Bernier va plus loin dans ses tweets surréalistes. Il dit ceci: «Elle [Greta Thunberg] est devenue une figure influente d’un mouvement qui est une menace à notre prospérité et [à] notre civilisation. Si elle veut jouer ce rôle, elle doit être dénoncée et attaquée.»

Attaquée? Un homme élu par la population de Beauce qui se présente comme un chef de parti crédible incite ici à la violence. Violence morale ou verbale, peut-être. Violence contre les idées défendues par la jeune femme, peut-être. Mais c’est tout de même une incitation à la violence. Ce sont des propos dangereux, surtout venant d’un membre du Parlement.

Beaucoup de reproches sont formulés à l’endroit de la jeune Thunberg. Mais à part quelques commentaires virulents sur les réseaux sociaux, ils le sont généralement de manière respectueuse. Ce n’est pas le cas des propos de Maxime Bernier, qui sont davantage le fruit d’un manque de jugement.

Peut-être même constituent-ils une preuve d’inaptitude à gouverner.