L’idée de Philippe Couillard de décentraliser les processus décisionnels de certains ministères dans des régions éloignées n’est pas mauvaise en soi.

Le déficit de crédibilité

Dire une chose après avoir fait son contraire. Voilà ce qu’on retient de l’étonnante annonce des libéraux, mardi, concernant la volonté de donner davantage de pouvoir aux régions.

Étonnante parce que c’est un peu comme si Philippe Couillard tentait de recoller d’un coup tous les pots qu’il a cassés en matière d’autonomie régionale et de présence gouvernementale dans les régions.

L’idée de décentraliser les processus décisionnels de certains ministères dans des régions éloignées n’est pas mauvaise en soi. Et ce n’est surtout pas la première fois qu’elle est lancée. Mais elle pourrait s’avérer beaucoup plus difficile à concrétiser.

S’il est réélu, Philippe Couillard entend transférer des fonctionnaires de certains ministères dans les régions où se trouve une grande part de leurs activités. L’Abitibi-Témiscamingue accueillerait les employés du secteur des mines du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, le Saguenay–Lac-St-Jean deviendrait le lieu de travail des employés du secteur des forêts du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, la Gaspésie recevrait les employés du secteur des pêches du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, alors que les Îles-de-la-Madeleine accueilleraient les employés du secteur de la mariculture au MAPAQ.

C’est beau sur papier. Ou dans la tête du premier ministre. Mais quand viendra le temps de déployer une telle mesure, on risque de désenchanter: les conventions collectives précisent que pour de tels grands déplacements, l’État doit obtenir le consentement des fonctionnaires touchés. De toute façon, on n’en est pas encore là.

Si l’idée est intéressante, elle passe difficilement le test de la crédibilité.

Philippe Couillard faisait remarquer, mardi, que cette volonté s’inscrit dans une volonté «déjà amorcée» de moderniser l’approche du gouvernement à l’égard des régions et de refléter les particularités distinctes de chacune. «Nous voulons un gouvernement véritablement au service des régions», a-t-il même ajouté.

Dans les régions, justement, une telle profession de foi pouvait sonner faux et avec raison.

C’est le même gouvernement libéral qui, dans les premières années de son mandat, a signé l’arrêt de mort des conférences régionales des élus (CRE) et des conseils locaux de développement (CLD). C’est le même gouvernement qui a démantelé des directions régionales de certains ministères comme celui de l’Éducation ou celui de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion. C’est le même gouvernement qui a aboli les Forums jeunesse et qui a abandonné le Fonds de soutien aux territoires en difficulté. C’est le même gouvernement qui a coupé plus de 300 millions $ dans les transferts aux municipalités et qui a pourtant accordé à Montréal et à Québec des statuts particuliers.

Comble de l’absurdité, Philippe Couillard indiquait lundi vouloir créer un poste de ministre des Régions et de la Vitalité du territoire, dont le mandat comprendrait notamment le déploiement d’un réseau numérique performant sur l’ensemble du territoire.

C’est pourtant lui qui avait éliminé le concept de «région» dans la dénomination du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire et c’est lui qui avait nommé à ce poste un ministre de Montréal, exactement comme il l’avait fait pour le ministère du Développement économique régional.

Non, vraiment, il n’y a rien dans les décisions passées du gouvernement libéral qui nous laisse croire en une réelle envie de vouloir donner plus de pouvoir aux régions. C’est plutôt le contraire qui s’est produit: la somme de ces interventions donne une impression de désintérêt ou de mépris envers celles-ci.

En campagne électorale, les désirs de réconciliation sont parfois forts. Mais de tels engagements envers les régions ressemblent sûrement à des balivernes aux oreilles de plusieurs élus et décideurs locaux.