Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Le défi du raccrochage

ÉDITORIAL / Une semaine après avoir dévoilé son plan pour le retour en classe des élèves du primaire et du secondaire, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé 20 millions $ pour des mesures visant à aider les jeunes à rattraper le retard scolaire pris au printemps, en raison du congé forcé lié à la pandémie.

Ce ne sera peut-être pas suffisant, mais c’est une reconnaissance de l’impact de la suspension des cours et une marque de la volonté gouvernementale d’y remédier.

Si le plan de la semaine dernière laissait des points d’interrogation concernant la réussite scolaire, on a vite compris que c’est parce qu’il s’agissait, finalement, du premier de deux volets. Le deuxième est celui qui vient apporter de l’aide à ceux qui en ont ou qui en auront besoin.

Il ne faut pas se leurrer: beaucoup d’élèves parmi les plus vulnérables pourraient ne pas être tentés de retourner à l’école à la rentrée. Avec la pandémie, beaucoup d’enfants et d’adolescents ont pris du retard dans l’apprentissage des matières inscrites au programme. Il y a certainement un risque plus élevé de décrochage scolaire chez bon nombre d’entre eux.

De plus, si des ados de 15 ou 16 ans ont occupé un emploi à temps plein et avec une rémunération intéressante, notamment grâce aux primes versées dans des commerces qui étaient jugés essentiels, le risque de ne pas les revoir à l’école est bien réel.

Le défi sera donc de les raccrocher ou de les faire raccrocher. À ce propos, une campagne de sensibilisation avec le professeur Égide Royer comme porte-parole sera déployée. On imagine bien que le professeur Royer n’est peut-être pas la figure la plus familière ou la plus convaincante pour des ados. Mais son message s’adresse d’abord aux parents et à ceux qui entourent les jeunes vulnérables. Expert en matière de décrochage scolaire, M. Royer s’est justement dit inquiet, lundi, de la situation particulière créée par la pandémie pour renoncer à retourner en classe.

Il est possible que cette situation fasse grimper les taux de décrochage scolaire qui sont de 17 % chez les garçons et de 11 % chez les filles. C’est la raison pour laquelle le ministre Roberge a décidé de délier les cordons de la bourse afin de favoriser l’ajout de ressources dans les milieux scolaires. On fait le pari que si les élèves plus vulnérables sentent qu’ils peuvent être adéquatement encadrés et que des professionnels sont là pour répondre à leurs besoins particuliers, ils seront plus enclins à poursuivre leurs études.

Enfin, il y avait une autre bonne nouvelle dans le plan relié à la réussite scolaire et c’est celle de l’allègement des exigences administratives liées aux budgets versés pour les élèves handicapés ou ayant des troubles d’apprentissage.

Vingt millions de dollars pour environ 3000 établissements scolaires, ce n’est certainement pas la mer à boire. Mais il y a déjà des ressources en place. Et même si les besoins étaient déjà plus grands, cette injection d’argent neuf devrait permettre d’augmenter le nombre d’heures de plusieurs professionnels dont la mission est liée à la réussite scolaire. Un autre défi se profile toutefois: celui de la pénurie de main-d’œuvre dans les métiers reliés à l’éducation.

Il faudra peut-être plus que 20 millions $, plus qu’une campagne de sensibilisation et plus que des mesures d’allègement administratif, mais le ministre et les fonctionnaires avancent eux aussi à tâtons dans cette gestion de crise.

Et cette réponse est un pas dans la bonne direction, quoi qu’en disent les partis d’opposition.