Le début d’un temps nouveau

ÉDITORIAL / L’histoire nous réserve souvent bien des ironies. Pour la première fois de ma jeune et modeste carrière d’éditorialiste, on m’a fait changer de sujet d’éditorial à la dernière minute. Et on peut dire en quelque sorte que c’est «le propriétaire» du journal qui a exercé sur moi cette pression inhabituelle...

Il m’est arrivé souvent d’affirmer haut et fort, notamment devant des groupes d’étudiants ou lors de conférences sur mon travail d’éditorialiste, que l’éditorial, dans un journal, n’est plus ce qu’il était jadis. Qu’il ne représente plus nécessairement la position des propriétaires du journal. J’ai toujours mentionné que jamais je n’avais subi de pressions de quiconque parmi mes supérieurs pour écrire quelque chose ou ne pas l’écrire. J’ai toujours eu une grande liberté dans les sujets que je choisis et dans l’analyse que j’en fais ou l’opinion que j’émets. C’est un des grands bonheurs que me procure l’éditorial.

Et voilà qu’hier survient l’épisode qui servira d’exception. Une heureuse exception, d’ailleurs.

Alors que mon éditorial sur un tout autre sujet était pratiquement terminé, voilà que tombe – enfin! – la nouvelle concernant l’homologation du plan de sauvetage des quotidiens régionaux. Le rédacteur en chef du Nouvelliste, Stéphan Frappier, est maintenant, comme moi, un coopérant. Donc un propriétaire. Il me fait remarquer, avec pertinence, que c’est le sujet du jour et que ce serait bon d’avoir un point de vue interne.

Alors je pourrai dire qu’au moins une fois à l’éditorial, le «propriétaire» m’a fait changer d’idée...

C’est vrai qu’il est à propos de dire ici à quel point ce projet nous emballe. Et surtout à quel point nous avons reçu avec soulagement la décision du tribunal. Surtout à la veille de Noël.

Depuis un peu plus de quatre mois, nous les employés du Nouvelliste et ceux des cinq autres quotidiens régionaux du Québec, vivions dans une bulle d’incertitude quant à notre avenir et, surtout, quant à l’avenir de la presse régionale québécoise. Mais la vague de solidarité et les manifestations d’appui qui ont suivi la date fatidique du 19 août dernier sont venues donner beaucoup de confiance et de détermination aux artisans des journaux.

La mise en place d’un modèle coopératif nous est vite apparue comme une façon réaliste et visionnaire de maintenir les activités des journaux et, surtout, de leur permettre de continuer à remplir leur essentiel mandat social et démocratique. Vous décrire ici tout ce qui a été déployé comme efforts au cours des dernières semaines pour y arriver serait impossible. Des collègues ont consacré des dizaines, voire des centaines d’heures pour permettre à ce projet de voir le jour.

C’est une grande étape pour un quotidien de voir que son avenir appartient maintenant à ses travailleurs et à la collectivité dans laquelle il remplit son mandat d’information. Pour Le Nouvelliste, le fait que ce changement survienne à moins d’un an du centième anniversaire, cela revêt une symbolique encore plus forte. Le Nouvelliste, votre quotidien régional, franchira son siècle d’existence dans un modèle unique de propriété et de gestion.

Évidemment, cela ne se fera pas sans sacrifices. Et ils sont considérables. Pour les employés et pour les retraités, principalement. Mais jamais, au cours de ces derniers mois, je n’ai senti que mes collègues actifs des six journaux étaient indisposés à l’idée de subir une baisse importante de salaire et de sacrifier une grande partie de leur régime de retraite pour permettre à ce projet d’aller de l’avant.

C’était Noël en avance, lundi, avec cette décision du tribunal. Pour nous, au Nouvelliste, c’est non seulement un soulagement mais aussi et surtout une reconnaissance du travail qui a été fait pour présenter ce plan de sauvegarde.

J’aime aussi penser que c’est un cadeau symbolique pour la population de chacun des territoires desservis par les quotidiens régionaux. Le cadeau d’une information de qualité, rigoureuse et diversifiée.

Il nous appartient, maintenant, de vous convaincre que le modèle sur lequel on planche est porteur d’espoir et de succès.

À vous tous, chers lecteurs, de très joyeuses Fêtes!