Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Le danger du relâchement

ÉDITORIAL / Il y avait un nouvel ingrédient dans le point de presse du premier ministre François Legault, mercredi. Un soupçon d’optimisme qui fait du bien dans les circonstances. Il a été question de stabilisation de la situation dans les hospitalisations, de lumière au bout du tunnel, de réouverture envisagée pour certains commerces, de données rassurantes. C’est signe que la gestion de la crise semble fonctionner. Mais il faut surtout éviter de céder à la tentation de relâcher cette soudaine et essentielle discipline que les Québécois ont adoptée ces dernières semaines.

Flanqué comme à l’habitude du Dr Horacio Arruda et de la ministre Danielle McCann, le premier ministre a laissé entendre qu’«on est en train de voir la lumière au bout du tunnel» et qu’«on est en train, si ça continue comme ça, de la gagner, cette bataille-là». Il évoquait alors une certaine stabilisation dans le nombre d’hospitalisations liées aux cas de COVID-19.

Du même souffle, il a évoqué les données rassurantes quant aux projections d’hospitalisations et au nombre de personnes qui seraient admises aux soins intensifs selon les différents scénarios. Revenant sur la présentation des scénarios faite la veille par des experts de la Santé publique, M. Legault s’est dit rassuré de voir que les tendances semblent rapprocher le Québec des pays d’Europe qui ont les meilleurs résultats jusqu’à maintenant.

«Puis ça, là, on le doit au respect des consignes par les Québécois. Donc, moi, je pense qu’on peut être fiers des résultats qu’on a jusqu’à présent, tout en se disant qu’il ne faut surtout pas relâcher, il faut continuer. Mais on est bien partis, on est dans la bonne direction», a-t-il mentionné.

La phrase-clé est là. «Il ne faut surtout pas relâcher, il faut continuer.»

Parce qu’on a beau évoquer la reprise possible de certaines activités commerciales ou industrielles d’ici quelques semaines, cela ne vient pas mettre un terme à la bataille en cours. On n’est pas encore rendu là, a prévenu le premier ministre en ajoutant que la consigne de distanciation sociale de deux mètres n’allait pas être levée de sitôt. On en a pour des mois.

Le discours modérément optimiste vient en quelque sorte faire contrepoids à ce qui était plus sombre dans la mise à jour de mercredi, soit la situation dans les CHSLD et le mouvement de personnel qu’elle entraînera au cours des prochains jours.

Mais quoi qu’il en soit, cela faisait certainement du bien d’entendre les autorités évoquer le fait que la discipline porte fruit et qu’il y a bel et bien un «après» qui semble maintenant poindre à l’horizon. Tout ne redeviendra pas instantanément comme c’était avant. La consigne des deux mètres de distance se prolongera dans le temps. Les rapports sociaux auront changé. Les grands rassemblements ne sont pas pour demain.

En attendant, il est primordial de maintenir les mesures de confinement. Parce qu’il est trop tôt pour parler sérieusement de stabilisation.

Et le risque de relâchement est bien réel. C’est peut-être d’ailleurs ce qui, finalement, rendait réticentes les autorités politiques et les autorités sanitaires à dévoiler les scénarios d’évolution de la situation au Québec. On croyait au départ que c’était la crainte de la panique qui justifiait la tiédeur du premier ministre et de son directeur de la Santé publique, mais finalement, au vu des tendances observées dans les scénarios, c’est peut-être la crainte du relâchement dans la population.

Se faire dire que la situation est sous contrôle et que les données sont encourageantes ne signifie pas qu’il faut jeter du lest. Au contraire, maintenant qu’on sait de quoi aurait l’air le scénario pessimiste – devant lequel ont pourrait se retrouver advenant un relâchement –, il convient, plus que jamais, d’observer les mesures de confinement et les directives sanitaires.

Comme le dit François Legault, il faut donner un dernier coup.