François Ouimet

Le coup bas de M. Couillard

Philippe Couillard vient peut-être, sans le savoir, de sceller l’issue de la prochaine élection. En forçant François Ouimet à laisser son siège de Marquette pour une candidature aussi banale que celle d’Enrico Ciccone, le chef libéral passe pour un sans-cœur. Et pour un homme dont la parole, finalement, ne vaut pas grand-chose. À une semaine du déclenchement officiel de la campagne électorale, voilà un bel exemple de mauvais calcul politique.

Difficile de croire que le premier ministre et l’état-major du Parti libéral croyaient sérieusement que le limogeage de François Ouimet allait passer inaperçu. Difficile, surtout, de croire que personne, dans les hautes sphères du Parti libéral, ne soit intervenu auprès du premier ministre, pour lui dire que ce n’était pas la meilleure idée de dégommer François Ouimet. Surtout après que le chef l’eut assuré qu’il allait être le candidat des libéraux pour une huitième élection dans Marquette.

Ça s’est passé en mai dernier, selon ce que raconte François Ouimet. «Le premier ministre m’a regardé dans les yeux, m’a serré la main et m’a réitéré sa confiance de vive voix en me disant: ne t’inquiète pas, je ne te jouerai pas de tour, je vais signer ta lettre de candidature. J’ai pris sa parole.» Mercredi, il a raconté cet épisode avec difficulté, ému aux larmes.

François Ouimet n’est pas le plus flamboyant des députés libéraux. Il est à l’Assemblée nationale depuis vingt-quatre ans, n’a jamais été ministre. Ses plus récentes fonctions étaient celles de vice-président de l’Assemblée nationale. Il était respecté non seulement par ses collègues du caucus libéral, mais aussi par les députés des autres formations politiques. Loin des comportements bassement partisans, disait d’ailleurs Amir Khadir à son sujet.

Le plus ironique, dans tout ça, c’est que François Ouimet était là bien avant Philippe Couillard. Même avant Jean Charest.

Cet épisode, bêtement justifié par une volonté de renouvellement par le Parti libéral, est inacceptable. Bien sûr, dans le cas du Parti libéral, il est de la prérogative du chef d’endosser ou non des candidats. Mais tout est dans la manière de faire les choses. Jusqu’à mercredi matin, François Ouimet croyait qu’il était le candidat libéral dans Marquette. Il en avait eu l’assurance de la bouche même de son chef.

C’est là que l’histoire Couillard-Ouimet risque de faire mal aux libéraux. Que vaut maintenant la parole de Philippe Couillard? Comment peut-on lui faire confiance? Sous un prétexte de vouloir renouveler l’équipe libérale, on vient plutôt alimenter le cynisme envers les politiciens et envers les façons de faire en politique. On vient aussi minimiser le rôle d’un simple député, démontrant qu’ils sont interchangeables au gré des humeurs du chef, peu importe que ça fasse quatre ou vingt-quatre ans qu’ils sont en poste. On vient, enfin, de faire un pied de nez à l’association libérale locale, qui était sans doute prête à appuyer François Ouimet une fois de plus et surtout prête à mettre l’organisation en branle.

Il est aussi désolant d’avoir vu les ministres libéraux tenter de justifier l’injustifiable par des phrases creuses comme «C’est triste pour François, mais c’est la prérogative du chef» et aussi «C’est ça la politique». Non, messieurs dames. Ça, c’est votre vision de la politique. La population, elle, espère justement que la politique ne soit pas cela. Qu’elle ne soit pas ingrate, irrespectueuse, déloyale. Elle souhaite, avec raison, que la parole de quelqu’un vaille quelque chose. Elle en a marre des jeux de coulisses, des magouilles, des luttes de pouvoir, des mesquineries.

Le geste posé mercredi matin par Philippe Couillard donne des haut-le-coeur. Et ça risque de faire mal au Parti libéral.

Bien sûr les libéraux vont gagner Marquette. C’est un château fort libéral. Mais ce qu’ils viennent de perdre vaut beaucoup plus qu’une circonscription. Ça s’appelle le respect.